Mardi 7 juillet 2015, à 14h30, Gérard Larcher, Président du Sénat, a prononcé un éloge funèbre pour honorer la mémoire de Jean Germain, sénateur socialiste d’Indre-et-Loire, décédé le 7 avril dernier, en présence de sa famille. Marisol Touraine, Ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, a également prononcé un discours en hommage à Jean Germain.

Vous pouvez lire ci-dessous l’éloge prononcé par le Président du Sénat.


Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

La nouvelle du décès de Jean Germain et les circonstances tragiques de sa disparition ont plongé, le 7 avril dernier, le Sénat de la République et ses amis dans la stupeur

J’ai exprimé, le jour même à cette tribune, l’affliction et les sentiments provoqués par la violence de sa disparition, que rien ne laissait présager.

Jean Germain n’a tout simplement pas supporté l’idée que son honneur et sa réputation puissent être mis en cause.

Si la vie politique est violente, un homme public a droit, comme tout autre citoyen, au respect de sa dignité.

Jean Germain était un homme d’engagement. Il l’a démontré tout au long d’une vie publique très largement d’abord consacrée à sa chère ville de Tours qui l’avait vu naître, et à son village de Bourgueil auquel il était très attaché. Il était un élu local passionné, un parlementaire estimé, un juriste et un universitaire réputé.

Élu conseiller municipal de Tours en 1983, Jean Germain aura dirigé pendant près de vingt ans cette ville à laquelle il était viscéralement attaché.

Tours n’aura connu en un demi-siècle, jusqu’en 2014, que deux maires, Jean Royer et Jean Germain. C’est sans doute en 1995 que notre collègue connut la plus grande joie de sa vie publique en succédant, à la surprise alors de nombreux observateurs, à celui qui avait dirigé la ville durant trois décennies.

Prendre la suite de Jean Royer n’était pas facile à assumer, Jean Germain l’a fait, à sa façon, consensuelle, réfléchie et pondérée. Il a fait de la gestion de la ville de Tours et de son agglomération, de 1995 à 2014, l’œuvre de sa vie.

Jean Germain fut un bâtisseur et un aménageur. Habité par l’idée de transformer sa ville, il a mené à bien, avec détermination et compétence, de nombreux projets.

Je citerai bien sûr la réalisation du tramway qui a contribué à faire entrer Tours dans la modernité et qui, traversant la ville du nord au sud, a profondément modifié le paysage urbain.

J’évoquerai aussi la réalisation du quartier « Montconseil » ou encore la création de la zone commerciale, de loisirs et d’habitat des « Deux-Lions ».

Il n’ignorait rien de sa ville dont il connaissait chaque rue, chaque place, chaque jardin, chaque école, chaque crèche, sans oublier bien sûr les bords de Loire à l‘embellissement desquels il était très attaché.

Jean Germain était parvenu à ces résultats par une culture du dialogue et un sens du compromis qui le caractérisaient et dont les Tourangeaux et les Tourangelles lui savaient gré puisqu’ils l’élirent à trois reprises à la tête de leur ville.

Jean Germain mit ces mêmes qualités au service de son action au sein de la région Centre dont il fut sans discontinuer, de 1998 à 2011, le premier vice-président chargé des finances mais aussi de la planification, des relations internationales et de la communication. Là aussi, il fit la preuve de ses qualités de gestionnaire et d’administrateur, à la tête d’un budget de près d’un milliard d’euros.

 

Dès son arrivée dans notre hémicycle, Jean Germain fût un parlementaire compétent, actif et estimé de ses collègues.

Juriste de formation, Jean Germain y était préparé, puisque, après avoir été directeur de cabinet du président du Conseil général de l’Indre, André Laignel, de 1982 à 1985, il avait aussi exercé les mêmes fonctions auprès de lui, au plan national, lorsque ce dernier appartint à plusieurs gouvernements où il fut successivement chargé de la formation professionnelle, puis de la ville et de l’aménagement du territoire.

Cet investissement dans la vie politique nationale, Jean Germain l’avait par ailleurs conforté en étant Secrétaire national du parti socialiste chargé des études, puis membre du Conseil national du parti socialiste, et délégué national du parti chargé de l’éducation et des universités.

Jean Germain fut élu au Palais du Luxembourg le 25 septembre 2011 pour y représenter le département de l’Indre-et-Loire.

Membre de la Commission des finances, il y exerça d’abord les fonctions de rapporteur spécial du budget de la ville et du logement, avant d’y être en charge depuis 2012 de la mission « relations avec les collectivités territoriales ».

Ses rapports en la matière faisaient autorité sur un sujet  délicat qu’il maîtrisait parfaitement, comme ses rapports annuels sur le projet de loi de règlement du budget de l’État.

Notre collègue devint ainsi, en quelques années, un membre éminent et actif de la Commission des finances du Sénat dont il était, depuis octobre dernier, le Vice-président.

Son activité dans l’hémicycle n’était pas moindre et nous avons encore en mémoire la qualité de ses interventions, ici même, il y a quelques mois, lors de l’examen par le Sénat de la loi relative à la transition énergétique.

Il assura la présidence du groupe interparlementaire d’amitié « France-Liban », fonction qu’il exerça avec passion et engagement – je peux en témoigner.

Il avait parfaitement senti que les liens entre le Liban et la France relevaient d’autre chose que des affaires étrangères.

Il avait été chargé, le 16 janvier dernier, d’une mission sur la réforme des concours financiers de l’État aux collectivités territoriales auprès de trois membres du gouvernement : Mme Marylise Lebranchu, M. André Vallini et M. Christian Eckert…

Cette soif d’activités qui caractérisait notre collègue, cette soif de connaissances qui ne l’avait jamais quitté, Jean Germain la tenait de sa formation et de ses débuts comme universitaire.

Docteur en droit public, il avait été Maître de conférences en droit constitutionnel et en finances publiques avant de devenir, Vice-président puis Président de l’université François Rabelais de Tours.

Il avait, à ce titre, ouvert de nombreux chantiers, allant de la professionnalisation nécessaire d’un certain nombre de filières universitaires à l’accompagnement de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, en passant par l’ouverture européenne des cursus par la multiplication des programmes Erasmus.

Il fut nommé en 1993 Inspecteur général de l’éducation nationale.

En 1999, Pierre Moscovici et Jack Lang, ministres des affaires européennes et de l’éducation, lui confièrent une mission sur les moyens d’accroître la mobilité des étudiants et des enseignants dans l’espace européen. Il la conclue par un rapport sur « l’Europe des connaissances et du savoir » qui fit autorité.

« Il est des êtres, j’en suis, pour lesquels injustice et déshonneur sont insupportables »

Voilà parmi les derniers mots de Jean Germain.

Le Sénat de la République ne doit pas les oublier.

À nos collègues du groupe socialiste et républicain, à ceux de notre Commission des finances – qui ont perdu un de leurs membres les plus appréciés –, ainsi qu’à Madame Stéphanie Riocreux – qui a la lourde charge de succéder à Jean Germain –, je tiens à redire notre sympathie.

À ses deux enfants, à tous les membres de sa famille, à celle et ceux qui ont accompagné de nombreuses années sa vie, je veux redire que nous n’oublierons pas et que la mémoire de Jean Germain est ici vivante.

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