Il y a cinq ans éclatait le scandale de la manipulation du Libor. D’apparence barbare, cet acronyme anglais désigne le taux interbancaire offert à Londres, c’est-à-dire le taux d'intérêt moyen auquel un certain nombre de banques acceptent de s'accorder mutuellement des prêts sur le marché financier londonien. Calculé pour plusieurs échéances et devises différentes, il est utilisé comme indice de référence pour une multitude de produits financiers qui alimentent in fine l’économie réelle (prêts immobiliers, prêts à la consommation, etc.).

La plupart des manipulations du Libor ont eu lieu avant 2008 et étaient le fait de traders peu scrupuleux souhaitant soit générer plus de profits, soit limiter les pertes. Pour parvenir à leurs fins, ils s’entendaient avec leurs homologues d’autres banques membres du panel du Libor. Ces abus de marché ont donc été commis en bande en organisée. Selon le superviseur britannique des marchés financiers et des banques (Financial Services Authority), entre 2005 et 2009, les traders de Barclays ont procédé à 257 manipulations du Libor et de son équivalent européen, l’Euribor.

Depuis 2012, plusieurs banques, dont Barclays, ont été sanctionnées – souvent lourdement – par les autorités britanniques, américaines et européennes. Le mois dernier, une juridiction fédérale du Connecticut a infligé une amende de 150 millions de dollars à la filiale britannique de Deutsche Bank, qui est accusée d’avoir truqué le Libor dollar américain. Par ailleurs, en 2015 et 2016, cinq anciens traders ont été condamnés à des peines de prison. Celui par qui le scandale est arrivé, Tom HAYES, ex-trader vedette de Citigroup et UBS, purge actuellement une peine de onze ans de prison ! Ce scandale a également éclaboussé plusieurs patrons de banque, qui, à l’instar de celui de Barclays, ont été contraints de démissionner.

Afin de « renforcer la solidité et la fiabilité des indices de référence » utilisés dans le cadre d’instruments financiers, le Parlement européen et le Conseil ont adopté de nouvelles règles qui sont entrées en vigueur en juin 2016 : mise en place d’un code de conduite préconisant notamment l’utilisation de données tirées de transactions réelles ; soumission des indices de référence d’importance critique, dont le Libor, à des règles plus strictes ; obligation, pour les administrateurs d’indices de référence, de solliciter un agrément auprès de l’autorité de surveillance nationale ; coordination, par l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), de la surveillance des administrateurs d’indices de référence assurée par les autorités compétentes nationales ; mise en place, pour les indices de référence d’importance critique, d’un collège d’autorités de surveillance nationales incluant l’AEMF ; etc. Fin 2013, j’avais fait adopter, par la commission des affaires européennes du Sénat, un avis politique dans lequel j’exprimais mes doutes quant à l’efficacité du nouveau cadre réglementaire. Le Brexit rendra très probablement nécessaire un réajustement du dispositif.

Le scandale de la manipulation du Libor a récemment refait surface à l’occasion de la diffusion, par la BBC, de l’enregistrement d’une conversation téléphonique qui aurait eu lieu en 2008 entre deux salariés de Barclays. La teneur de cet échange alimente les soupçons qui pèsent, depuis 2012, sur la Banque d’Angleterre (BoE). Cette dernière aurait poussé Barclays à la fraude. S’ils étaient avérés, ces faits sont d’une extrême gravité. Peu importe que l’intervention de la banque centrale britannique ait été motivée par la volonté d’éviter une aggravation de la crise financière après la faillite de Lehman Brothers. De tels agissements ne sont pas dignes de « La vieille dame de Threadneedle Street », dont je pensais qu’elle était fréquentée par des gentlemen et non par des gangsters. Aussi, je considère que le parti travailliste britannique a raison de demander la mise en place d’une commission d’enquête afin de déterminer « qui a pris la décision d'appliquer cette pression, qui était impliqué dans sa mise en œuvre [et] qui était au courant de son existence ». Il y va du rétablissement de la confiance envers le Libor.

Ajouter un Commentaire