Les Échos / Jean-Marc Vittori / Éditorialiste | Le 19/11 à 02:00, mis à jour à 12:36

États-Unis, Allemagne et France : voici le podium des grands pays dans la course au niveau de vie, d’après les chiffres du FMI. L’écart entre l’Amérique et les autres reste impressionnant. Mais, derrière, la hiérarchie est assez inattendue. Les Coréens sont plus aisés que les Italiens. Et les Iraniens sont désormais voisins des Mexicains…

America, America… Parmi les grands pays, ceux qui comptent plus de 50 millions d’habitants, les États-Unis restent sans conteste le champion mondial de la création de richesse monétaire. 55.900 dollars attendus cette année pour chaque habitant, soit près de 5.000 dollars par mois ! Wall Street a certes engendré la plus grave crise financière mondiale depuis près d’un siècle. Mais l’Amérique en est sortie plus vite que les autres pays avancés. Et, auparavant, avec la révolution numérique, elle avait recommencé à creuser l’écart que les Européens avaient largement comblé au milieu des années 1990. Même si elle reste nettement au-dessous de petits États qui ne figurent pas sur ce graphique, riches de leurs hydrocarbures (Qatar près de 79.000 dollars ou Norvège 76.000 dollars) ou de leur efficacité pas forcément vertueuse (Luxembourg à plus de 103.000 dollars, Suisse à plus de 82.000 dollars).

Derrière, la hiérarchie mondiale n’est pas forcément celle qui vient à l’esprit. D’abord sur l’ampleur de l’écart. Le numéro deux du classement, le Royaume-Uni, est un quart au-dessous des États-Unis : c’est énorme. Ensuite, sur la liste des pays qui suivent. Dans le petit peloton tenu à distance par les États-Unis, il y a bien sûr quatre européens, mais aussi deux asiatiques. Les pays émergents, eux, font moins du dixième du niveau américain. Et si la Chine est toujours un immense pays, elle n’est plus immensément pauvre. Après trois décennies de croissance échevelée, son revenu par tête est pratiquement au même niveau qu’au Brésil ou en Russie. Le saviez-vous ?

Les rangs sont bousculés

En réalité, vous avez une excellente excuse pour ne pas le savoir. Ces chiffres, qui figurent dans la colonne de gauche du graphique ci-contre, comparent des produits intérieurs bruts convertis aux taux de change déterminés par les marchés. Or ces marchés donnent une valeur qui peut être très biaisée – parce que ces marchés marchent mal et parce qu’ils sont parfois manipulés par les États qui accumulent d’énormes réserves de change afin de préserver la sous-évaluation de leur devise, facilitant l’exportation. Pour comparer non les revenus par tête, mais les niveaux de vie moyens, les statisticiens calculent des taux égalisant les pouvoirs d’achat des différentes devises (ils parlent de taux assurant la parité de pouvoir d’achat ou PPA). Ici, la hiérarchie change – c’est la colonne de droite du graphique. Il y a bien sûr toujours l’Amérique, les pays avancés et les émergents. Mais, dans les deux groupes, les rangs sont bousculés. A cette aune qui se rapproche de la vraie vie, l’Allemagne passe largement devant le Royaume-Uni et n’est plus qu’un sixième au-dessous du niveau américain. Ce qui indique au passage que l’euro est très sous-évalué pour elle. La France passe au troisième rang, à 12 % de l’Allemagne et à 26 % des États-Unis. Le Japon et la Corée du Sud bondissent (leurs énormes réserves de change accréditent l’idée d’une manipulation de leurs devises). L’Italie est bonne dernière.

L’Afrique ferme la marche

Les émergents, eux, ont tous une monnaie actuellement sous-évaluée – ce qui est assez classique pour des pays en phase de rattrapage. La Russie, la Turquie, le Mexique sont à peu près à la moitié du niveau de vie des pays avancés. La Thaïlande et le Brésil sont au tiers du niveau allemand. L’écart entre la Chine et la France est aussi de un à trois. C’est évidemment important. Mais, il y a trente ans, l’écart était de un à trente ! Les autres grands pays d’Asie, eux, restent nettement en deçà. Les habitants du Bangladesh, le moins bien loti d’entre eux, ont un niveau de vie qui fait le quart de celui des Chinois – le même rapport qu’il y a entre Chinois et Américains. Et, sans surprise, l’Afrique ferme la marche. Ses pays, le plus souvent dans le radar de l’actualité pour leurs difficultés économiques, comme l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria, s’en sortent cependant moins mal que des pays souvent oubliés en dépit de leur potentiel, comme l’Éthiopie.

Il ne faut évidemment pas se fier à ces seuls chiffres pour comparer les niveaux de vie entre pays. Ils ne reflètent pas les inégalités – la hiérarchie serait assez différente si l’on comparait le PIB par tête des 99 % ou des 90 % les moins aisés. Ils ne reflètent pas le bien-être. Mais ils donnent néanmoins une idée de l’efficacité productive des pays et de la capacité de rattrapage des moins bien placés. Une capacité que la Chine a formidablement exploitée.

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