La fiction française fait un tabac en termes d'audience.
Les chaînes sont moins dépendantes de la fiction américaine.

Qui aurait cru, il y a quelques années, que des fictions françaises comme « Une chance de trop » ou « Le Mystère du lac » seraient de véritables cartons pour les chaînes de télévision ? Les séries « made in France » font désormais quasiment jeu égal avec leurs rivales américaines en termes d'audience. La preuve : sur le Top 10 des meilleures audiences de séries depuis le début de l'année, 6 sont hexagonales, selon les données de Médiamétrie à fin novembre (voir ci-dessous).

Mieux encore : dans le Top 100 des meilleures audiences de l'année tous programmes (sport, divertissement etc.) et toutes chaînes confondues, plus d'une trentaine de prime time sont des fictions françaises (six, dont « Profilage ») contre… environ moitié moins en 2014, d'après des données préliminaires communiquées par TF1. Ainsi, en 2015, l'audience moyenne de la fiction tricolore devrait de nouveau dépasser celle de la fiction étrangère sur les grandes chaînes historiques, selon le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée). Le virage avait été amorcé en 2014. Mais pour ce millésime, même France 2, un peu en retrait de cette tendance, voit un retour en force des séries françaises.

Parallèlement, les chaînes programment de plus en plus de made in France en prime time. L'écart entre le nombre de soirées de fictions étrangères et françaises est passé de 85 en 2011 à 54 en 2014 sur les chaînes historiques gratuites (hors été), a calculé le cabinet NPA Conseil. Conséquence : la télévision est moins dépendante du bon vouloir de studios ou de distributeurs de l'autre côté de l'Atlantique, qui peuvent cesser les approvisionnements à tout moment. Lorsque « Mentalist » ou « Les Experts » s'arrêtent chez TF1, ce n'est plus un drame (lire ci-contre).

Un progrès dans l'écriture

Plusieurs éléments expliquent le renouveau de la fiction locale. « En voyant l'arrivée des géants du Net ou de concurrents comme Netflix, les chaînes ont pris conscience de l'importance de disposer de fictions premium exclusives », souligne Matthieu de Chanville, expert média au sein du cabinet de conseil A. T. Kearney. D'autant que la France était en retard, avec moins de fiction locale diffusée que la plupart de ses voisins européens et moins de volume de production que plusieurs d'entre eux. « Un décalage imputable en partie à la réglementation, limitant la part de production interne des chaînes », souligne le spécialiste.La manière de concevoir la fiction a ainsi changé ces dernières années. « Il y a eu un vrai progrès dans l'écriture, dans le renouvellement des genres, et une forme d'industrialisation de la production », explique Philippe Bailly, fondateur de NPA Conseil. Par exemple, des séries avec un plus grand nombre d'épisodes, « ce qui permet d'avoir un marketing plus puissant », précise-t-il.

Aujourd'hui, nombre de programmes sont développés dès le départ avec une ambition internationale et des partenaires étrangers, voire dans une autre langue. En témoignent les séries à très gros budget « Versailles » ou « Panthers », sur Canal+. En pensant « global », les chaînes peuvent plus rapidement amortir leurs investissements sur plusieurs territoires. « Grâce à ce type de projet, l'écart est en train de se réduire entre la rentabilité - très importante - d'une série américaine [lire ci-contre] et celle d'une coproduction internationale », conclut Matthieu de Chanville.

Marina Alcaraz, Les Echos
avec N. M, Les Echos
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