Dans une tribune au « Monde », le président de Plaine Commune mesure les conséquences dramatiques d’un second tour à la présidentielle « droite extrême - extrême droite  » et appelle à voter pour le candidat d’En marche !

LE MONDE | 07.03.2017 à 06h39 • Mis à jour le 07.03.2017 à 07h53 | Par Patrick Braouezec (président (FDG) de Plaine Commune)

TRIBUNE. Chacun connaît mes convictions et mes engagements : de ma volonté de transformer le PCF à l’infaillible défense des sans-papiers et de tous les « sans », à ma présence à côté des salariés dans leurs luttes, en passant par ma détermination à requalifier une ville et un territoire sans exclure quiconque. J’ai, en outre, travaillé constamment à construire une alternative de gauche fondée sur le potentiel du « non » au référendum de 2005 et sur l’expérience des forums sociaux de Porto Alegre.

Tout ceci aurait dû aboutir à une candidature unique de la gauche alternative en 2007. Il en a été décidé autrement. Nous payons aujourd’hui le résultat de cet échec. Et l’impossibilité d’une alliance entre Hamon et Mélenchon, malgré des appels à l’unité (comme « l’appel des 100 », dont j’étais un des initiateurs) est aussi l’héritage de cette période. Nouvel échec !

Président de Plaine Commune, territoire populaire, je mesure les conséquences dramatiques d’un second tour droite extrême - extrême droite pour la majorité de la population de ce territoire. J’ai conscience des effets désastreux d’un tel dénouement pour l’ensemble du pays.

Différences voire divergences

Je fais miens les propos de Christiane Taubira : « Est-ce que nous prenons la responsabilité de voir la situation sociale, économique et budgétaire se détériorer et des personnes en prendre plein la figure pendant cinq ans ? » Comme elle, je ne veux pas avoir à répondre à ceux qui nous diront : « Ainsi vous nous avez livrés à ces gens-là. »

Le 24 avril, il sera trop tard pour avoir des regrets et dire qu’on ne pensait pas… Comme Daniel Cohn-Bendit, je pense qu’Emmanuel Macron est le seul candidat à permettre de ne pas se retrouver devant cette situation et d’éviter que les gens subissent une politique rétrograde. Face à cela, sa candidature offre un « possible » qui nécessite exigences et vigilance.

Mon vote n’est pas un ralliement à En marche ! Les manques, les différences, voire les divergences (en matière d’écologie, de service public, de place des quartiers populaires ou de retraites) sont nombreux et mériteront éclaircissements, débats et confrontations. Ce n’est pas non plus un vote par défaut, car la candidature d’Emmanuel Macron ouvre un nouvel espace politique rompant avec des logiques d’appareil qui ont marqué la Ve République, ont failli dans leurs actions et ont abouti à une déliquescence politique. Une VIe République est à construire urgemment.

Vote de raison et vote d’engagement

C’est donc un choix raisonné faisant « l’analyse concrète d’une situation concrète ».
Ce soutien est sans illusion, mais porteur de perspectives. Emmanuel Macron est aussi, avec Benoît Hamon, le seul à prendre résolument la dimension des mutations du monde contemporain, et notamment celles du monde du travail.

Vote de raison, mais vote d’engagement également. Un engagement qui ne s’arrêtera pas le soir du 7 mai. C’est pourquoi, dans le même temps, j’appelle à voter pour les candidats présentés par le PCF ou par le Front de gauche aux législatives des 11 et 18 juin, de façon à créer les conditions pour que les voix de chacune et de chacun soient entendues et trouvent au sein de l’Assemblée nationale l’écho de leurs aspirations.

Et la vie ne s’arrêtera pas le 18 juin. Quelle que soit la composition de la prochaine Assemblée, les initiatives, les mobilisations et les luttes seront plus que jamais nécessaires. Je continuerai à contribuer à leur réussite comme à travailler pour que la nécessaire alliance de tous les progressistes se concrétise. Elle représente le seul rempart à la barbarie.

Ma position est sans doute symptomatique de ce monde actuel décrit par Edgar Morin : « Un monde contradictoire, complexe et incertain. » Le projet d’Emmanuel Macron assume ces trois caractéristiques. C’est aussi son mérite, sa force et son intérêt.

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