Intéressante chronique d'Éric Le Bocuher dans Les Echos du 16 novembre.
Ce serait une bonne idée de s'écouter les uns les autres.

Depuis son élection, Macron se heurte au mur de l'incompréhension. L'ambition qu'il a pour son pays se fracasse sur la méfiance collective, devenue la seule devise nationale

Le président de la République est accusé, depuis son élection et à longueur de colonnes, de ne pas écouter les Français. La vérité est que c'est l'inverse qui est vrai. Les Français n'écoutent pas Emmanuel Macron. Ses discours sur la France et ses explications sur sa politique passent à dix coudées au-dessus des oreilles de ses concitoyens. Ils n'écoutent pas parce que ce n'est pas ce qu'ils veulent entendre.

Époque individualiste

Le premier propos présidentiel porte sur la France. Dans notre époque individualiste, où l'égoïsme est une menace de désagrégation, l'unité vient du dessus, de la nation française, de sa trace historique, de « son destin », pense Emmanuel Macron. Il l'a dit à maintes occasions, le pays est plus qu'une addition d'intérêts, et, actuellement qu'« une somme de colères », il a une histoire, il a inventé les Lumières et son devoir est de les porter haut dans le siècle troublé qui s'annonce. La France a une grandeur. Le président l'incarne, d'où sa posture verticale, d'où son regard au miroir des grands hommes, d'où  son goût pour les commémorations des pages douloureuses ou belles des siècles passés.

Hisser le niveau

On peut discuter du « destin » français. On peut moquer la prétention de cette moyenne puissance à éclairer le monde de sa devise liberté, égalité, fraternité. A quoi répond Emmanuel Macron qu'il faut justement la hisser au niveau de l'Europe pour que cet humanisme retrouve de la portée. On peut trouver que le collectif historique ne suffit pas à « faire société » et qu'il manque dans l'idéologie présidentielle un collectif social et, aujourd'hui, écologique et sociétal. La réponse « par en dessus » a besoin d'un complément « par en dessous », d'une mobilisation civile pour que les Français, réconciliés de la sorte avec l'avenir c'est-à-dire avec « la politique », puissent adhérer. De tout cela, on peut longuement débattre.

Opposition sans solutions

Mais les oreilles sont hermétiques à tout ce discours sur le « destin » de la France. Celles de l'opposition dont le seul horizon est platement électoral et la critique de principe. La récupération du mouvement des « gilets jaunes » par LR, le PS et LFI enterre le combat politique dans la boue des tranchées poujadistes. Quel destin de la France nous proposent ces partis ? Silence de mort. On n'entend rien.

Ressenti négatif

Les oreilles bouchées sont celles des Français eux-mêmes. Le discours présidentiel est-il trop haut ? Il n'embraye pas. Les Français sont devenus si pessimistes, sur leur travail, sur leur mode de vie, sur le futur de leurs enfants, qu'ils n'ont plus d'ambition que de préserver ce qu'ils ont avec, désormais, acharnement, voire avec violence. La méfiance est devenue la seule devise nationale et les réformes sont vécues comme des soustractions, des atteintes saignantes à leur pouvoir d'achat. Que ledit pouvoir d'achat soit préservé en France contrairement à la grande majorité des autres pays occidentaux est une preuve du danger et retourné contre le gouvernement. Et puis qu'importent les chiffres ; dans l'ère de l'émotion, le « ressenti » est toujours négatif. De quoi nous parle-t-il avec son « humanisme » ? Il nous enfume pour nous prendre le peu qu'il nous reste.

Surdité économique

L'autre sujet de surdité est l'économie. Là encore, c'est depuis son élection qu'Emmanuel Macron se heurte au mur de l'incompréhension. Le président a rompu avec trente ans de politique en promettant non pas la baisse du chômage comme tous ses prédécesseurs mais le retour au travail. Ce n'est pas une nuance, c'est une philosophie. Le travail seul moteur justement de liberté, d'égalité, de fraternité, tout se tient chez lui. Le travail, c'est-à-dire concrètement une politique de compétitivité et un effort massif sur l'enseignement et la formation. Le discours sur l'école passe parce que son état alarmant est compris de tous, mais celui sur la politique de l'offre ne passe pas. Les Français n'y croient pas. Trente ans d'échec les ont rendus rétifs à supporter des efforts pour des réformes longues à porter leurs fruits. Le keynésianisme abâtardi qui domine les esprits empêche encore d'admettre qu'il y a un arbitrage entre emploi et coût du travail (le pouvoir d'achat). Enfin, le discours sur la fin du travail et le prêchi-prêcha des néosocialistes sur « la vraie vie est ailleurs », discrédite le credo présidentiel. De quoi nous parle-t-il avec sa politique de l'offre ? D'un autre enfumage pour une politique faite « pour les riches ».

Mais au fond du fond, ce que les Français ne veulent pas entendre dans la bouche de ce président est très simple : le macronisme est un optimisme.

Éric Le Boucher

Commentaires   

#3 PAUL Francis 28-11-2018 08:06
Bravo Mr Jager, comment ne peut-on pas être d'accord avec votre réponse. Ce journaliste critique les Français globalement mais soutient, comme c'est le cas très souvent dans son journal, la France des nantis pour lesquels "le trop n'est pas encore assez".... Je ne parle pas seulement de l'archétype actuel: Carlos Gohsne.
Je me demande souvent qui provoque la montée des extrémistes dans notre pays : Est-ce le discours du défunt FN, ou les politiques industrielles et sociales brutales appliquées dans notre pays. Comme tous les énarques que nous avons vu évoluer au cours des ces dernières décennies, Monsieur Macron se targue de détenir la Vérité sans se soucier de reconnaître que ses "illustres prédécesseurs" se sont trompés sur : la démographie, l'éducation, la pérennité des retraites, la durée du travail, la défense, etc, etc... Alors que lui même fonce dans les mêmes murs, mais avec un décor un peu différent. C'est à croire que Coluche (je crois que c'est Coluche) avait raison quand il affirmait que cette école ne produisait que des individus dont le titre est l'inverse de son sigle... Un veau parmi d'autres !
#2 gervais 27-11-2018 15:43
Aucun intérêt cette polémique: Macron veut tout diriger, omniprésent ,omnipotent, et se heurte bien normalement à d'autres envies . Ses actes sont contraires à son discours qui n'est qu'économique sans critique de cette économie,et qui nous conduit à continuer comme si de rien n'était: en particulier,il ne tient pas du tout compte des problèmes écologique qui s'amoncellent quotidiennement ; il ne peut donc y avoir d'entente
#1 JAGER 19-11-2018 08:57
Cher Monsieur Éric Le Boucher,
à l'époque de la Pravda soviétique, vous eussiez eu votre place, tel le Stakhanov de base, ne vous en déplaise.
Il y a quelques éléments intéressants dans votre texte, mais c'est vous qui me semblez à côté de la plaque. Depuis quand Monsieur Macron défend-il les intérêts de la France ? Depuis quand sa politique (qu'il n'a jamais définie) est cohérente ? Depuis quand a-t-il eu une communication claire, un objectif exprimé, un projet de société qui permette aux français d'adhérer aux changements nécessaires pour notre pays. Monsieur Macron, pure produit imbécile de l'école de Chicago est en train de couler la France pour ses intérêts propres, pour soigner son égo et tenter de se servir de la France comme d'un marche pied pour atteindre un domaine plus vaste, qu'il contribuera à détruire comme il fat actuellement de notre beau pays. Certes ce n'est pas le premier ! Ses prédécesseurs ont commis erreur stratégique sur erreur stratégique (Europe à outrance, regroupement familial, assurance chômage, suppression de la conscription, entrée dans l'Otan, ... liste bien évidemment non exhaustive).
Qu'il faille réformer le pays c'est certain, faire évoluer les mentalités c'est une évidence, redonner du sens et faire ré-adhérer à l'intérêt collectif avant l'intérêt individuel relève d'une lapalissade, (re)mettre au travail les millions de personnes qui se sont laissé mettre en situation de dépendance ça va de soi... mais pensez-vous réellement que Monsieur Macron en ait réellement l'envie, lui qui a fait "dégager" Arnaud Montebourg (pour ne prendre qu'un exemple) et livrer sur un plateau Alstom à GE au point qu'aujourd'hui nos centrales et sous-marins nucléaires sont à la merci d'une décision américaine. Dois-je vous rappeler que les contreparties initialement prévues n'ont jamais été honorées ! Est-ce là la politique que vous soutenez !? Est-ce là l'homme providentiel qui va sauver la France.
Si les français n'écoutent pas Monsieur Macron, c'est tout simplement parce qu'il ne leur parle pas ! Il les toise, il les méprise, seul son égo le guide et il ne sait même pas faire semblant, c'est un très mauvais acteur dont les simulations d'empathie sonnent d'une fausseté limpide. Souvenez-vous cher Monsieur qu'en matière de communication, l'émetteur est responsable de la bonne réception. Si les français ne l'écoutent pas c'est qu'il ne leur est pas adapté tant sur le fond que sur la forme. CQFD
Je vous invite à lire la lettre ouverte que j'avais écrite à Monsieur Macron à l'issue de ses 100 jours pour lui expliquer les failles et risques de son approche. Je ne détiens aucune vérité bien évidemment, mais 15 mois se sont écoulé depuis celle lettre ouverte et la situation semble s'orienter vers mes prévisions.
Il n'en demeure pas moins que sur certains points de fond vous avez entièrement raison... N'est-ce pas Monsieur de Gaulle qui disait que les français sont des veaux et que la France est un pays ingouvernable ! Espérons juste que le despotisme qui s'instaure tranquillement depuis quelques quinquennat saura s'adapter pour permettre les évolutions nécessaires au lieu de foncer tête baissée vers des révolutions !
Denis Jager