Le Monde, publié le 09/01/2019 à 19h44, mis à jour le 09/01/2019 à 20h23

En l’espace de deux mois de mobilisation contre la politique gouvernementale, « une cinquantaine » de députés ont été ciblés, selon la présidence du groupe LRM à l’Assemblée.

Depuis le début du mouvement des « gilets jaunes », les députés de la majorité sont la cible d’actions violentes, parfois jusque devant chez eux. Chaque jour ou presque, un nouvel élu de La République en marche (LRM) dit avoir été visé par un acte d’intimidation.

En l’espace de deux mois, cela concerne « une cinquantaine d’entre eux », a fait savoir la présidence du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale au Monde. Retour sur quelques-uns de ces actes d’intimidation qui ont touché les députés depuis le 17 novembre 2018.

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Menaces de mort

Le 3 décembre, la députée de Paris Elise Fajgeles annonçait sur Twitter avoir reçu de nombreuses menaces de mort après son passage sur le plateau de Jean-Marc Morandini sur CNews, durant lequel la suppléante de Benjamin Griveaux n’avait pas su donner le montant du smic.

Le même jour, le député de la majorité d’Ille-et-Vilaine Florian Bachelier confiait au Parisien qu’il avait fait l’objet d’intimidations physiques :

« Vers 7 h 30 du matin, je sortais de mon domicile à Rennes pour me rendre à ma permanence pour recevoir une nouvelle délégation de “gilets jaunes”, quand un homme cagoulé posté devant chez moi me lance une mise en garde sans ambiguïté. Il me prévient que, si je continue à défendre la politique d’Emmanuel Macron, je prends des risques énormes. »

Le 20 décembre, alors qu’il discutait avec les « gilets jaunes » de leurs doléances, le député de Haute-Saône Christophe Lejeune a été pris à partie par un groupe de manifestants. Lors de cet échange houleux, filmé par plusieurs d’entre eux, un homme a menacé l’élu en criant deux fois « la guillotine, la guillotine ». Il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis, après le dépôt de plainte du député. Dès le 22 novembre, M. Lejeune avait vu certains « gilets jaunes » poser des colliers de serrage sur les portes de son domicile, afin de bloquer l’accès à son domicile.

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La députée des Pyrénées-Orientales Laurence Gayte a été la cible d’un homme, « domicilié dans le département », selon Midi Libre, qui lui a envoyé plusieurs courriels de menaces, dont l’un où il affirme qu’il se rendra chez elle « pour la guillotiner ». L’élue a porté plainte et une enquête a été ouverte.

Benoit Potterie, élu du Pas-de-Calais, a lui reçu une cartouche de fusil accompagnée de menaces de mort : « La prochaine fois ce sera entre les deux yeux. »

Lundi 7 et mardi 8 janvier, la porte-parole du groupe au Palais-Bourbon Aurore Bergé et sa collègue Marie Lebec (Yvelines) ont révélé toutes les deux sur Twitter avoir également reçu des courriers injurieux, dans lesquels elles sont menacées d’être « décapitée » ou « pendue ».

Mercredi 9 janvier, c’était au tour du député de l’Eure Bruno Questel de recevoir des menaces de mort par courrier à l’Assemblée nationale. « Nous sommes quatre députés à avoir reçu un courrier, sans qu’il y ait les mêmes mots à l’intérieur mais manifestement [ces courriers] ont été envoyés par la même personne. J’ai déposé plainte », a déclaré l’élu à l’Agence France-Presse (AFP). Mi-décembre, une quarantaine de « gilets jaunes » avaient fait irruption devant son domicile, tirant six coups de feu avec des fusils de chasse. Pris à partie, il a dû être protégé par des gendarmes.

Insultes racistes

Le 4 janvier, le député du Val-de-Marne Jean-François Mbaye a annoncé avoir reçu une lettre à caractère raciste. Le courrier, qui s’en prend également aux élus macronistes Laetitia Avia (Paris) et Hervé Berville (Côtes-d’Armor), promet à l’élu de lui « mettre une balle dans la tête », affirmant : « Tu vas mourir. »

Fin novembre, la députée du Lot Huguette Tiegna avait annoncé avoir porté plainte pour des propos racistes et incitation à la haine raciale. Un site avait mis en ligne une vidéo mettant en scène des symboles nazis et des « gilets jaunes ».

Dégradations à leur domicile

Fin novembre, la députée de l’Aude Mireille Robert a reçu la visite de « quarante hommes casqués et cagoulés » dans sa propriété viticole près de Limoux, « allumant un feu et proférant des menaces », avait-elle raconté sur Twitter.

Samedi 8 décembre au soir, la voiture de la députée de Dordogne Jacqueline Dubois ainsi que celle de son mari ont été incendiées devant leur domicile. « Ce sont des menaces, ce sont des pressions, ce sont des messages qui nous disent “Dégagez !”. Mais moi, je ne dégagerai pas, en tout cas le temps de mon mandat, j’assumerai ma fonction », a déclaré Mme Dubois.

Dans la nuit du 27 au 28 décembre, le domicile du député de la 5e circonscription de l’Hérault, Philippe Huppé, a été tagué avec les mots « dehors les voleurs », « mort à LAREM » ou encore « collabo ». Il s’agissait de la troisième fois en deux semaines.

Dimanche 6 janvier, sa collègue (MoDem) de Vendée Patricia Gallerneau a découvert avec effroi, à son réveil, un mur de parpaings construit devant son domicile dans la nuit. Cette mésaventure était également arrivée fin novembre à Adrien Morenas lorsque l’entrée de sa permanence avait été murée, à Carpentras.

Dégradation de leur permanence

Dans la nuit du 17 au 18 novembre, dès le premier jour de la mobilisation des « gilets jaunes », la permanence de la députée du Nord Anne-Laure Cattelot a été taguée et recouverte d’affiches où était écrit « En marche racketteur ».

Le 29 novembre, la députée de l’Eure Claire O’Petit annonçait sur son site Internet que sa permanence avait été « attaquée à coups de masse ».

De son côté, le député du Gard Olivier Gaillard a affirmé à Midi Libre, fin novembre, avoir reçu des insultes et des menaces. Un cercueil a même été déposé devant sa permanence où était écrit « Macron, Gaillard, dehors ».

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