Ce matin du lundi 12 janvier, Jean Daniel CHAOUI (conseiller AFE) et moi-même tenons une réunion de travail avec M. Laurent POLONCEAUX, notre Consul général.

Notre communauté française connait un certain tassement dû à la situation économique peu florissante (18300 inscrits). La sécurité s’est stabilisée depuis un an mais l’incertitude judicaire et la corruption sont plus présentes. La situation de l’état civil à Tamatave qui crée tant de difficultés à nos nationaux qui veulent faire transcrire l’acte de naissance de leur enfant (déclaré à l’état civil malgache) ne s’est guère améliorée même si le nombre de déclarations directes (au consulat donc plus sûres) augmente. Une réunion avec le consul général et les élus permettra de faire le point.

Nous rencontrons ensuite M. François GOLDBLATT, notre ambassadeur. Nous faisons le point sur la situation politique des 12 derniers mois et sur les rumeurs de remaniement ministériel.

Depuis plusieurs semaines, les anciens cinq anciens Présidents sont réunis par les Églises (très influentes), rassemblées au sein du FFKM. L’idée est d’aboutir à une réconciliation nationale.
Le soir même, le Premier ministre, M.Kolo, remet sa démission. Il sera remplacé le lendemain par le général Jean Ravelonarivo. Celui-ci, peu connu, est un proche du Président Héry Rajaonarimampianina. Les conditions constitutionnelles de sa nomination  (vote par une majorité de députés) sont contestées par un groupe qui devient de facto l’opposition  autour de MM. Rajoelina, Camille Vital, Robinson, Mme Georget ... On ne peut qu’espérer un nouvel élan, en particulier dans l’action économique et un gouvernement plus … valeureux.

Déjeuner à la Résidence de France à Ivandry avec les chefs de service de l’ambassade et les directeurs des organismes français. Une première partie de la réunion est consacrée à évoquer les attentats commis la semaine dernière en France. Comme dans de très nombreux autres pays, La communauté française s’est réunie vendredi à la Résidence de France pour saluer la mémoire des victimes et marquer sa solidarité avec le peuple de France. Nous faisons le tour des différents services et le point sur leurs activités : le lycée, la promotion de la langue française, la politique de santé, la formation professionnelle, les Alliances françaises, la suppression de la trésorerie de France, les activités de coopération technique, l’Institut français de Madagascar, la situation économique, la coopération dans le domaine de la sécurité, les instituts de recherche CIRAD, IRD, Pasteur, la coopération dans le domaine de la défense.

Le soir, nous prenons l’avion pour Majunga, grand port de la Côte ouest. Nous y sommes accueillis par Mme Annick RAHARIMANANA, conseillère consulaire, et M. Ikbalhoussen KARIM, consul honoraire.

Le 13 au matin, visite du consulat honoraire qui se substitue au consulat général, fermé comme à Tamatave. Les problèmes sont les mêmes que ceux des autres villes de Madagascar. Le consulat semble un peu serré sur le plan du budget et peine à faire face.

Visite ensuite à M. le chef de Région (sorte de préfet), M. Saïd DJAFFAR, très précis et accueillant. Il nous transmet les condoléances de la population de Majunga au peuple de France.

Visite enfin de l’Alliance française dans le beau palais oriental du front de mer ou nous rencontrons la directrice Mme Sophie MaiOLLE qui prévoit des travaux de réfection importants pour l’anniversaire des 40 ans.

Alliance française Majunga

Déjeuner avec le bureau de Français du monde (M. Cosuma KARIMJY et Mme Annick RAHARIMANANA).

L’après-midi, nous réunissons une quarantaine de chefs d’entreprises françaises de Majunga à l’hôtel Tropicana (cadre charmant : voir ici). Un débat approfondi sur la situation de ces entreprises tourne autour des fléaux que sont l’irrégularité et le manque de fiabilité des liaisons aériennes d’Air Madagascar qui désorganisent toute l’activité touristique, le mauvais état des routes qui enclave Majunga et enfin les délestages de la Jirama (fournisseur d’électricité).
D’autres questions seront soulevées : paperasseries tatillonnes, insécurité juridique, sentiment d’un certain isolement de Majunga, concurrence forte de sud malgache.

À 18h30 le consulat honoraire et nous même offrons un cocktail à 70 représentants de la communauté française. J’évoque pour ma part le drame des 17 assassinats de l’équipe de Charlie Hebdo, des policiers tués et des victimes juives de la Porte de Vincennes. Nous respectons une minute de silence.

Mercredi 14 janvier

La matinée est consacrée à l’école et au collège Françoise Dolto, établissement en gestion parentale de 490 élèves jusqu’à la 3ème. Son directeur est M. Jean-Claude PELLETIER. Il y a 2/3 d’enfants français et franco-malgaches, 46% sont boursiers (parmi les Français). Le budget est équilibré avec des écolages bas (150€ par mois) grâce à des taux de remontée des salaires des enseignants résidents de 33% et à un ajustement du nombre d’élèves par classe. Un internat d’une vingtaine de lits avec tout l’encadrement et le soutien nécessaire a été créé : une belle réalisation sociale. De même un effort particulier est mené pour la protection de l’environnement, les énergies renouvelables, ...

Collège Dolto Majunga

L’après midi nous tenons une permanence pour une dizaine de concitoyens avant de rentrer –laborieusement – à Tananarive par Air Madagascar.

Le jeudi 15 janvier

Visite de l’AFD ave Mme Patricia AUBRAS, directrice adjointe. Les programmes français visent l’aide budgétaire (40 millions d’euros), la santé et l’agriculture. Ils sont très discrètement conditionnés par la demande d’une amélioration de la politique fiscale. Il y a une coopération décentralisée importante (6 régions françaises). Les ONG sont également très présentes et actives (16 millions).
L’ensemble de l’enveloppe de l’aide est estimée à 800 millions de dollars environ, la vraie question étant toujours la capacité du pays à concevoir puis à exécuter des projets dans des conditions raisonnables.
Un des débats est celui de l’aide liée ou non. La France respecte ses engagements, ce qui n’est pas toujours le cas d’autres bailleurs de fonds. Je demanderai une évaluation de la situation à l’AFD.

Déjeuner ensuite à Ivandry avec une trentaine de chefs d‘entreprises français qui présentant leurs activités et leurs résultats 2014. À ma surprise et avec plaisir, nous constatons un climat globalement positif et optimiste. Les chefs d’entreprise estiment que l’exercice 2014 est bon et que 2015 devrait être de même.

Le soir rendez vous avec l’équivalent de la CGPME malgache, puis débat à la Chambre de commerce et d’industrie franco-malgache (accueilli par mon ami d’enfance Michel PAIN) sur l’union bancaire européenne et la politique financière.

Diner amical avec la section PS.

Le vendredi 16 janvier

Le matin est occupé par les réunions du conseil consulaire (les cinq conseillers consulaires : Mmes Rachelle DUCAUD, Geneviève TADJER-FARAJALLAH et Annick RAHARIMANANA, MM. Jean-Daniel CHAOUI et Jean-Hervé FRASLIN et M. Laurent POLONCEAUX, Consul général). Une première réunion est consacrée à la sécurité. Puis les questions consulaires sont traitées :

  • Les prises de rendez-vous par téléphone (pour les visas et les passeports)
    (précision : les ressortissants indiens et chinois qui utilisent une agence de voyage agréée peuvent prendre leur visa à l’aéroport de La Réunion lors de leur arrivée
    Un débat a lieu sur les refus de visa au conjoint marié d’un ressortissant français, si ce conjoint est entré en France avec un visa de tourisme. C’est une question juridique complexe puisqu’elle s’analyse in fine comme un jugement a posteriori d’annulation du mariage régulièrement fait par un maire en France. Le fait d’avoir utilisé un visa de tourisme est il une cause de nullité du mariage ? Même si le consulat peut estimer qu’il y a tentative de fraude au mariage, est il en position de demander la nullité du mariage ? La question devrait être approfondie car cette démarche ne peut comporter une aussi grande part de subjectif.
  • Formation professionnelle : Madagascar garde une enveloppe de 20.000 € pour 2015 mais sans doute pas pour les années suivantes. Un accord est recherché pour bénéficier du soutien de la région Réunion
  • La question de la confidentialité de certains renseignements demandés lors des visites à domicile est évoquée

Le conseil débat ensuite de la politique générale de l’éducation française à Madagascar :

  • 26 établissements dont 14 homologués pour 12000 élèves dont 2300 boursiers et 60% d’enfants malgaches. Le coût global est de l’ordre de 21 millions€ dont 6 de bourses
  • Le nombre d’enfants scolarisés est malheureusement à la baisse (moins 1700 en quelques années, à Tamatave et à Tuléar). Ceci pose la question de l’avenir du réseau et des frais de scolarité

À l’invitation de M. le Consul général, nous retrouvons pour un déjeuner avec les Organisations locales d’entraide et de solidarité (OLES), nouveau nom des associations de bienfaisance. Sont là M. Jean-Paul NICOLI, président d’Enfants Français de Madagascar qui aide les enfants en grande difficulté, souvent scolarisés dans des écoles malgaches. M. Harry LANGLOIS, président de l’Association française de solidarité de Tananarive engagée dans la réhabilitation de l’habitat, la distribution de colis de vivre et la gestion d’un centre social d’éducation qui, l’été, prend les enfants pour 2 fois 15 jours à Ivato.

Nous évoquons aussi les OLES de province : l’AMI de Tamatave qui gère entre autre la maison de retraite, celles de Manakara et de Mananjary. Il est suggéré de faire travailler ces OLES davantage ensemble, par exemple sur la formation .La question du versement tardives des subventions (en juillet) est évoquée, qui crée des problèmes de trésorerie. Enfin le docteur Pierre-Yves LE BRUN, directeur du CMS, un des rares a avoir été maintenu, présente les activités de son centre.

Nous visitons ensuite l’École « les Colibris - la Source » à Mahamasina. C’est une réalisation tout à fait remarquable qui scolarise des enfants malgaches et franco-malgaches : avec des moyens limités, elle offre un enseignement de grande qualité et permet à certains des élèves d’accéder au système français et de poursuivre des études en France. Nous y fêtons « les Rois » avec une partie des élèves et le jeune Hendry – 7ans – nous lit, sans la moindre hésitation et dans un français parfait, un mot d’accueil  que vous trouverez ci-dessous.

Monsieur le Sénateur, Monsieur le Consul général, Mesdames et Messieurs, chers camarades enfants français de Madagascar,
Bienvenue à vous tous, merci de votre présence, et bonne année à tous.
Monsieur le Sénateur, nous tenons à vous remercier sincèrement, au nom de toute l’association, de la diligence dont vous avez fait preuve, suite à nos différentes requêtes depuis près de quatre années.
Votre intervention a largement influencé le dénouement de situations fort délicates pour nous, certains de nos problèmes sont désormais réglés.
Nous tenons à citer particulièrement l’aide consacrée au soutien scolaire, ainsi qu’à l’environnement scolaire, tout comme la salle informatique qui nous permet actuellement d’être reliés partout dans le monde, et d’effectuer les recherches nécessaires à notre travail.
Avec votre aide, de nombreuses situations d’usurpations d’identités ont été réglées, et, grâce à un passage et un accueil bienveillants aux Colibris, nous avons pu revenir maintenant à l’école française la tête haute.
Nous n’oublions pas que grâce à vous, et pour certains d’entre nous, nous pouvons désormais travailler sur des tables, dormir dans un lit, et avoir des maisons convenables.
Enfin, nous avons pu découvrir la mer lors de la colonie de vacances organisée en août 2014 à MAJUNGA, et passer de vraies vacances.
Merci encore, Monsieur le Sénateur, pour l’arbre de nol qui nous a permis d’être tous ensemble.
À très bientôt, et MANDRAPIHAONA

Ensuite, malgré l'approche du cyclone Chedza, entre 70 et 80 personnes se sont réunies à la résidence de France pour un cocktail offert par Monsieur l'Ambassadeur.

Tananarive, janvier 2015

Le samedi 17 janvier

Conférence TanaLe matin, entretien avec le RP Sylvain URFER, sj, qui vit à Madagascar depuis 40 ans, qui a été curé d’une paroisse déshéritée de Tananarive et qui anime le SEFAFI, observatoire de la vie politique et démocratique malgache. Le Père Urfer est l’auteur de nombreux ouvrages passionnants et passionnés consacrés à l’histoire et à la vie politique malgache (publiés chez Karthala). L’entretien est suivi d’une conférence donnée, ensemble avec M. Ignace RAKOTO, à l’Institut français sur « esclavage et libération à Madagascar », à l’occasion d’une publication éponyme. Il est peu de dire que le Père Urfer n’y mâche pas ses mots sur la difficulté de la société malgache a évolué et à préparer l’avenir.

 

 

L’Assemblée générale de Français du Monde–ADFE Madagascar se tient ensuite avec l’élection du nouveau bureau suivie d’un déjeuner rural et amical.

Un cyclone (Chedza) traverse l’ile d’ouest en est et la montée des eaux, y compris à Tananarive, met 30000 personnes en situation très difficile.

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Commentaires   

#1 tryjefaczka 03-02-2015 15:49
Mr le seneteur ,
Merci pour vos visites sur Madagascar et nous vous en remercions .
Mais qui peut se permettre d'annuler ou de refusé un visa ???
Un consul n'est pas un Dieu et même Dieu ne se permet pas de mettre en doute ou de refusée d'accorder une union ??? Pourquoi doit - on se mettre nu pour obtenir ce que nous demandons ??? Il serait temps de faire autre chose que de distribue l'argent des français pour les bloquer quand ils demandes des choses au consul ?
En ce qui me concerne je vais déposer une demande et j'espère que n'obtiendrait le visa pour ma compagne qui est la mère de mon enfant ?
Merci d'avoir pris le temps de me lire .
Bon courage pour la suite .