À mon arrivée à l’aéroport d’Asmara je suis accueilli par M. François Goldblatt, notre ambassadeur en Érythrée que j’avais connu à Tananarive.

Le lendemain, visite en sa compagnie du centre historique de la capitale qui offre le visage quasiment intact d’une ville coloniale italienne, avec de larges avenues ombragées et de nombreuses villas et monuments de style art-déco, par exemple un vieux cinéma, dans une atmosphère surannée.

Nous avons ensuite rencontre plusieurs membres du gouvernement érythréen.

M. Yemane Gebremeskel, ministre de l’information nous fait part de la position de son pays dans le conflit qui l’oppose à l’Éthiopie. À la suite des accords d’Alger en 2002, le bornage de la frontière entre les deux pays a été préparé par une commission internationale. L’Érythrée considère que l’Éthiopie viole ces accords en ne permettant pas la délimitation physique de la frontière puis en occupant la ville de Badmé et une portion de son territoire. Les quatre « témoins » qui devraient garantir l’application des accords (Nations unies, Union Européenne, Union Africaine, États-Unis) n’ont rien fait en ce sens. Ils ont, au contraire, toujours selon l’Érythrée, une attitude favorable envers l’Éthiopie car celle-ci intervient militairement en Somalie contre les milices islamistes des Chebab. L’Érythrée est également accusée d’intervenir pour armer et aider ces Chebab. À ce titre elle est sous sanction du Conseil de Sécurité Et interdite d’importation d’armements.
Je dois dire que je partage le sentiment que les « garants » de l’accord ne se sont pas engagés comme ils devraient le faire et obliger l’Éthiopie à le respecter. Peut-être la France pourrait-elle prendre une initiative en ce sens et entendre aussi la position éthiopienne.
La position érythréenne, qui sera répétée à maintes reprises, montre aussi que la résolution du conflit n’est pas à envisager dans le court terme. Elle a l’avantage pour le gouvernement d’Asmara de placer l’Érythrée en position de victime. S’y ajoute l’accusation par des organisations de droits de l’homme de violations graves et répétées, ce qui lui donne le triste privilège d’être le second pays le plus répressif du Monde, après l’inévitable Corée du Nord.

Avec le ministre de l'information de l'Érythrée

Nous rencontrons ensuite Mme Tsehai Habtemariam, directrice Europe et Amérique au ministère des affaires étrangères. Celle-ci reprend l’argumentation développée ci-dessus. Elle y ajoute que l’émigration dont est victime le pays (5000 jeunes par mois) est un acte hostile des pays de l’Union européenne qui accordent avec la plus grande facilité des visas d’entrée et le droit d’asile.

Visite ensuite à M. Ghiorghish Teklemichael, ministre du développement national. Vieux compagnon d’armes du Président Isaias Afewerki, il nous explique la base idéologique du régime fondée sur l’indépendance totale, la capacité à ne compter que sur ses propres forces, la justice sociale. On comprend aussi que les combattants du Front pour la démocratie et la justice, qui ont été maquisards pendants 30 ans, aient un réflexe de renfermement et du mal à se transformer en hommes d’État ouverts à la société internationale.

Enfin M. Berhane Habtemariam, ministre de l’économie nous interroge sur le Brexit et sur les élections en France. Il ne nous est par contre pas possible d’avoir la moindre information sur le PIB du pays (probablement de l’ordre de 10 milliards d’euros), ni sur le budget, ni sur les taxes. Ceci n’est pas tout à fait surprenant dans un pays où il n’y a ni Constitution, ni Parlement, ni partis et où les jeunes doivent faire un service militaire à durée indéfinie (entre 2 ans et 10 ans). Ajoutons qu’il n’y a pas eu d’élections de quelque nature que ce soit depuis l’indépendance avec le même parti unique et les mêmes dirigeants.
Si on y ajoute la bureaucratie tatillonne, l’absence d’Internet, on a un pays fermé.
En même temps, tout le monde dispose des chaînes de télévision du monde entier et la liberté de culte est respectée, ce qui donne un paysage politique qui n’est pas uniforme.

Un déjeuner à la résidence de France a réuni autour de l’ambassadeur et de son épouse, et Stéphane Chesnard, régisseur/comptable et responsable des affaires consulaires, les membres des corps diplomatiques en poste en Érythrée : Yasser Hashem, ambassadeur d’Égypte, Stefano Moscatelli, ambassadeur d’Italie, Natalie Brown, chef de mission à l’ambassade des États-Unis, Nicole Miller, chef adjointe à la représentation de l’UE, Knut Felberg, pour le PNUD, ainsi que le directeur du musée archéologique Yossief Lipsekal et la directrice de l’école italienne Annna Maria Dema.
Plusieurs projets de coopération ont vu le jour où vont être concrétisés, en particulier avec la Commission européenne.
Il me semble que l’AFD, qui vient de voir ses fonds propres augmenter ainsi que ses moyens, pourrait jouer un rôle significatif au même titre que le KFW allemand.
Notons que le système économique, fiscal, douanier n’offre pas de garanties pour permettre l’investissement dans le pays (pas d’entreprises françaises), et que le commerce extérieur est insignifiant.

Après la visite de l’Alliance française avec sa directrice Hélène Foulard, j’ai participé à un dîner regroupant, autour d’une même table, la totalité de la communauté française à Asmara : l’ambassadeur et son épouse, Stéphane Chesnard et son épouse, Hélène Foulard, Damien Hirshholz à la tête d’une mission du CICR et Claude Mainge, spécialiste de l’immigration à la représentation de l’UE.

Dîner à l'ambassade

Le samedi 1er avril nous sommes allés avec l’ambassadeur François Goldblatt à Keren, la troisième ville du pays, à 90 km de la capitale. Petite ville paisible où se côtoient diverses cultures et religions. L’endroit est célèbre pour le culte rendu à une statue de la vierge Marie placée à l’intérieur d’un baobab. Grand cimetière militaire italien, bien entretenu, suite à la bataille avec les troupes britanniques qui allaient prendre le contrôle au pays en 1940.

Vierge au Baobab

Cimetière Italien

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