Arrivé le 21 à Douala, en compagnie de ma collègue Amélia Lakrafi, députée de la 10ème circonscription qui participera aux rencontres de la première journée. Nous sommes accueillis par M. Joel Renou, notre Consul général.

Le 22, petit déjeuner avec M. Gilles Thibaut, notre ambassadeur, M. Hayatou, député du RDPC (parti au pouvoir), Mme Elena Ponomorova, conseillère politique et Mme Salsabil Chellali, attachée de presse.
Nous faisons un bilan de la situation politique (l’ensemble des élections possibles - municipales, régionales, législatives, sénatoriales et présidentielle) doivent avoir lieu d’ici octobre 2018. On peut se demander si ce calendrier est raisonnable.
À noter que tous ces scrutins sont au scrutin uninominal à un tour. Il est probable que le Président Paul Biya (85 ans) sera candidat. La population est sceptique sur la capacité des politiques à changer les choses et à faire fonctionner efficacement le pays. La corruption générale rend les Camerounais très individualistes.
L’opposition est trop divisée pour être en situation de l’emporter.
L’économie souffre de la fin de la crise pétrolière mais aussi de cette corruption qui ralentit toute initiative. Les investissements étrangers se sont ralentis (le PIB est de 30 milliards d’euros).
La situation sécuritaire dans le Nord est dégradée même si Boko Haram n’a plus la capacité de grandes frappes mais mène des attentats sur les marchés. On assiste aussi à une montée forte des églises évangéliques, plus ou moins honnêtes.

Nous rencontrons ensuite M. Pierre Valat, directeur de Business France et sa jeune équipe. Il nous présente les activités de son organisation. Les entreprises françaises pèsent lourd dans l’économie camerounaise (plus de 200). Business France accompagne les PME qui veulent distribuer les produits ou les produire. Le nombre de VIE est de l’ordre de 200 avec un coût de l’ordre de 2000€ par mois (sans subvention). Nous parlons aussi des réformes importantes qui vont intervenir dans l’organisation de Business France suite au rapport Lecourtier et à la PpL Lemaire.

Visite enfin de l’Institut français dirigé par Mme Amandine Sagnes. Elle a su trouver un mécénat significatif auprès des grandes entreprises et se finance aussi par les cours de langue française et les examens, y compris canadiens. Campus France reçoit 2500 dossiers par an dont 800 aboutissent.
Les liens ne sont pas très étroits avec l’Institut français de Paris, un peu lointain et loin des réalités de terrain.

L’après-midi est consacré à la visite de trois écoles ou lycée :

  • l’école maternelle de Bonanjo dirigée par M. Olivier Dournon, avec 200 enfants
  • l’école élémentaire de Bonapriso, dirigée par M. Olivier Dournon, 391 enfants
  • et le lycée dont la proviseure est Mme Elisabeth Lagarde ( 296 enfants au collège et 229 au lycée) et son adjointe, Mme Catherine Dauer. 56 % des élèves sont français, 14% nationaux et 29% de nationalité tierce. L’établissement emploie 52 enseignants de l’AEFE et 69 en contrat local. Les frais de scolarité sont dans moyenne de l’AEFE. Le principal problème est la modernisation d’une partie des salles de classe ce qui impliquera un investissement important et une solution pour loger les classes pendant les travaux.
  • Nous tenons ensuite une Réunion de travail avec les enseignants sur leurs différents problèmes.

Nous voyons ensuite le représentant de Proparco (filiale de l’AFD), M. Thomas Husson et ses deux collaborateurs. Ils ont la responsabilité des pays de la Cemac et du Congo Kinshasa. Leurs activités comprennent des prêts à long terme, des pris de participation minoritaires en fonds propres. Leur objectif est de doubler leur niveau d’encours d’ici 2020 en le portant à 2 milliards d’euros. Ils sont confrontés à plusieurs problèmes récurrents : corruption, mauvaise gestion, arrières de paiement des États, ...

Le soir, réunion avec le groupe En Marche de Douala qui a mené les campagnes présidentielles et législative avec le succès que l’on connaît.

(merci à @enmarchecm pour les photos de ce lundi)

Mardi 23 janvier

Petit déjeuner avec Mme Élise Pokossy Doumbe, députée de Douala ouest et ancienne maire adjointe. Nous évoquons les questions de vie locale et municipale. 

Déjeuner avec plusieurs chefs d’entreprises français dans une brasserie ... allemande !

L’après-midi, participation, en présence de notre ambassadeur et du délégué (maire) de Douala au lancement d’une société spécialisée dans le traitement des ordinateurs et outils informatiques usagés qui travaillera pour la Communauté Urbaine de Douala.
Le projet de 6 millions d’euros est piloté par une ONG française « la guilde ».

Le soir rencontre au Consulat avec des chefs d’entreprise camerounais et des journalistes de la presse écrite et télévisuelle.

Mercredi 24 janvier

Visite des différents services du Consulat général : registre, visas, etat-civil, affaires sociales.
Un des problèmes que rencontre le Consulat est celui de la fraude à l’Aide médicale aux étrangers (AME) qui permet à un étranger sans ressources d’être soigné gratuitement. Le poste a découvert près de 350 cas de camerounais, souvent disposant d’un patrimoine significatif ou de revenus importants qui abusent du système. Le Consulat est donc en relation avec les Caisses d’assurance maladie pour les aider à détecter et faire rembourser les soins abusivement pris en charge par le contribuable français.
Sur le plan social, une centaine de bourses sont attribués, et le CCPAS a distribué 6 allocations de solidarité et quelques-unes pour des personnes handicapées.
Une difficulté nouvelle est que France Horizon (l’ancien centre d’accueil pour les Français rapatriés) ne dispose plus de places et refuse donc les rapatriements.

24 janvier (suite à Yaoundé)

Je suis accueilli par M. Philippe Larrieu, ministre conseiller de notre ambassade.

Rencontre avec M. Gilles Thibaut, notre ambassadeur. Nous faisons le point de la situation politique et économique.
La situation sécuritaire est loin d’être stabilisée. Le Cameroun doit faire face à deux crises :
Au Nord, à partir de Garoua et jusqu’au Lac Tchad, les attentats perpétués par Boko Haram. Ce ne sont plus des actions lourdes mais des actes individuels, souvent commis par des jeunes filles sur des marchés. On en compte plusieurs par semaine même si les villageois pratiquent une surveillance étroite
À l’Ouest et Sud-ouest, le mouvement séparatiste anglophone « Ambazonie », anglophone mène une guerre civile avec les troupes gouvernementales. À cause de la violence de la répression, 300.000 ou 400.000 personnes sont réfugiées de l’autre côté de la frontière nigériane. La diaspora, particulièrement active aux États-Unis soutient ces projets. La position des États-Unis n’est pas très claire, l’élément décisif étant le contrôle des réserves pétrolières qui sont dans le Golfe de Guinée sur la frontière entre les deux pays. Le débat sur la forme de l’État, sur une éventuelle formule fédérale semble bien éloigné, ce qu’on ne peut que regretter.
L’économie a connu un ralentissement important avec la crise pétrolière mais semble reprendre. Il y a toutefois un grave problème de corruption généralisée qui gêne et ralentit les affaires auquel s’ajoutent des problèmes d’infrastructures incomplètes ou en mauvais état (chemin de fer, routes, ports, ...)

Le soir je retrouve avec plaisir mon amie et ancienne collègue du Senat, Kalliopi Ango Ela, pour un diner débat organisé par Français du monde-ADFE.

Jeudi 25 janvier

Rencontre avec M. Joseph Dion Ngute, Ministre des relations avec le Commonwealth, avec notre ambassadeur. Discussions sur les relations et la coopération entre nos deux pays.

Rencontre ensuite avec M. Marcel Niat Njifenji, Président du Senat camerounais.

Déjeuner avec M. Maurizio Cascioli, chargé de mission à l’AFD et Mme Wassima Mouayad, chargée des projets d’infrastructure à l’AFD.
Ils me présentent les différentes activités de l’AFD au Cameroun, en particulier dans le domaine agricole. L’AFD est engagée dans des projets de cultures vivrières dans de petites unités (petites coopératives ou GIA), ce qui me paraît une bonne politique permettant de renforcer le tissu social. Il existe une centaine de petits centres de formation et 2000 conseillers payés pour l’essentiel par le gouvernement camerounais.
L’AFD a également soutenu un système de chèques santé qui sont surtout utilisés par les jeunes mères (coût pour elles : 6000 FCFA).
Je note enfin avec plaisir l’engagement de l’AFD pour que le Cameroun défende certaines de ses protections agricoles par des appellations d’origine (poivre de Penja, miel blanc d’Oku).
Nous visitons ensuite le chantier d’assainissement fluvial « pady2 »" qui vise à contrôler les eaux de la rivière Mfoundi qui traverse la ville et qui est sujette à des débordements réguliers entraînant des dégâts et le développement de maladies infectieuses. C’est un beau projet de 80 millions d’euros financé par l’AFD et réalisé par l’entreprise Razel.

Le soir réception à la Résidence de France pour les vœux du nouvel an de l’ambassadeur. Très nombreux participants avec lesquels je peux échanger.

Vendredi 26 janvier

Le matin, à 8 h, je donne le départ du cross du lycée Fustel de Coulange qui se court dans le parc de la Résidence de l’ambassade : tous les élèves des plus petits à la terminale participent, y compris de jeunes handicapés dans une ambiance de joie formidable. L’ambassadeur, les responsables et enseignants de l’école sont là.
Je fais aussi la connaissance du médecin du CMS, un des 11 subsistants, avec deux médecins en poste.

Visite à l’Institut français avec M. Nicolas Frelot, Cocac et directeur, Mme Kristell Dorval, directrice déléguée, M. Serge Graziani, attaché de coopération, M. Olivier Bon, attaché de recherche, et Mme Sarra Mebarki, secrétaire générale.
Dans le domaine de la recherche, plusieurs instituts sont présents : Pasteur, Cirad, IRD, ANRS avec deux thèmes de recherche : la protection de l’environnement et la recherche sur les virus. Pasteur gère également un dispositif d’alerte d’épidémie en brousse.
L’IFC abrite Campus France qui envoie chaque année près de 1000 étudiants en France. Il y a aussi un certain nombre d’écoles supérieures françaises installées au Cameroun, en particulier dans le domaine de la gestion.
Dans le domaine de la culture, l’IFC dispose d’une grande salle de spectacle (250 places) et d’une belle médiathèque, moderne et informatisée. Comme dans beaucoup de pays d’Afrique, ce sont les deux seules infrastructures disponibles dans toute la ville pour ne pas dire dans tout le pays.
L’IFC donne également des cours de langue française et fait passer les examens, assurant ainsi un taux d’autofinancement de 80% (hors salaire expatriés) pour un budget total de 2,4 millions d’euros.

Visite ensuite de la Galerie d’Art Contemporain de Yaoundé (GACY), rénovée par une aide de l’AFD et dirigée par M. Éric Iloga, lui-même artiste plasticien avec une exposition de peintres, céramistes et sculpteurs contemporains avec de très belles œuvres. Je leur souhaite de trouver leur public et leur marché.

Nous nous rendons ensuite à l’OAPI (Organisation africaine de la propriété intellectuelle) pour la cérémonie de clôture d’un séminaire destiné aux magistrats des 17 pays membres. C’est l’occasion pour moi de revoir de vieux amis de la propriété industrielle : M. Denis L. Bohoussou, directeur général, M. Adil El Maliki, directeur général de l’office marocain avec qui nous avons une coopération active, M. Marc Sery-Kore, directeur à l’OMPI.

Enfin nous sommes reçus par le Secrétaire général du ministère l’industrie puis, avec M. l’ambassadeur et M. Philippe Larrieu, par M. Laurent Esso, garde des Sceaux et ministre de la justice avec lequel nous faisons le point sur les questions de contrefaçon et sur bien d’autres questions d’intérêt pour nos deux pays.

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