Arrivée à N’Djaména le 23 septembre au soir en provenance de Paris. Je suis accueilli par M. Philippe Lacoste, ambassadeur de France, qui me consacrera beaucoup de temps pendant ma visite.

Lundi 24 septembre

Réunion de cadrage à l’ambassade avec l’ensemble des chefs de service puis visite de la section consulaire dirigée par M. David Giannoulatos.
Il y a 1300 français enregistrés, peu de fraude documentaire. La communauté ne connaît pas de problèmes particuliers même si les crises politiques et financières successives l’ont appauvrie.

A la suite des propositions du Président Macron, l’OFPRA a déjà fait deux missions pour évaluer les candidats à l’immigration en France avant même qu’ils ne lancent dans l’aventure mortifère de la traversée du Sahara puis de la Méditerranée.

Entretien avec M. l’Ambassadeur et le Premier conseiller, M. Marc Didio, avec Mme Achta Saleh Damane, Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, à l’Intégration africaine, à la Coopération internationale et à la Diaspora de la République du Tchad. Nous passons en revue les questions d’actualité et de l’expatriation.

Entretien avec Mme Mariam Djimet Ibet, maire de la ville de N’Djaména. Elle a des problèmes pour faire face à ses obligations (voirie, transports, assainissement, ...) car les dotations budgétaires ne suivent pas. Elle attend de plus la tenue d’élections municipales, son mandat ayant expiré.

Déjeuner sur le thème du développement avec les responsables de l’ambassade, de l’AFD ( M. l’Ambassadeur, , M. Marc Didio, Premier conseiller, M. Olivier Cador, directeur de l’AFD, M. l’attaché de coopération économique, ainsi que MM. Guy Dani Gab-Leyba et Aristide Mabali, économistes et fondateurs du cercle Croset (Cercle de Réflexion et d’Orientation sur la Soutenabilité de l’Économie Tchadienne).
Nous parlons du fonctionnement de l’économie tchadienne , les difficultés à collecter les statistiques, du faible rendement de l’impôt, ...

Visite d’un projet soutenu par l’AFD, la laiterie Aïch qui collecte de lait des fermes voisines et le traite pour produire différents produits : lait, caillette, yaourts, ...
Elle est soutenue par la Maison de la Petite Entreprise, elle-même créée par l’association Bet ALNadjah dirigée par MM. Hamidou Ousmane et Salah Idjemi, et financée par l’AFD. La laiterie maîtrise la chaîne complexe de production mais peine à se faire distribuer et devra impérativement trouver des lieux de vente ;
Ensuite, visite à plusieurs « jeunes pousses » soutenues par la Maison de la Petite Entreprise : Biokadji (laboratoire d’analyse agroalimentaire), restaurant Barka, atelier de maroquinerie,

Retour au siège de l’AFD où je rencontre les jeunes volontaires. M. Olivier Cador fait le point sur les projets en cours et à venir. L’AFD se concentre sur 4 secteurs : l’accès à l’eau et à l’assainissement, le développement rural, la santé maternelle et infantile, l’éducation (notes détaillés à disposition).

Pour finir, dîner à la Résidence de France

Mardi 25 septembre

Visite de l’état-major de la force Barkhane et entretien avec le Général Philippe Adam, général adjoint commandant des opérations.
Puis avec les principaux responsables de l’état-major, je suis briefé sur notre présence militaire dans les pays de Barkhane (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso) ainsi que sur les engagements de nos alliés africains dans le G5 Sahel.
Visite ensuite de la base et des Mirage 2000, discussion avec les pilotes et les mécaniciens.

Visite de l’Institut français
Celui-ci m’a semblé en mauvais état, mal entretenu faute de crédits, avec un budget de 200.000 €.
Il ne peut se financer, comme les autres Instituts français à travers le monde, en donnant des cours de langue française car ceux-ci sont faits par un organisme franco-tchadien qui ne reverse rien à la France. Ses seules recettes sont donc sa maigre dotation. Une action énergique est nécessaire.
L’institut a pourtant réussi à mettre sur pied un programme culturel de rentrée de haut niveau avec Doungous de Gospa, Claudine François, Ablaye Cissoko, ...
Un bureau de Campus France est installé dans une soupente et ne donne pas une idée encourageante de notre pays. Nos moyens ne sont pas à la hauteur de nos ambitions.

Déjeuner ensuite avec Mme Ruphine Guibordeau, conseillère consulaire, et plusieurs amis de différents secteurs économiques.

L’après-midi, visite du lycée Montaigne avec son proviseur, Mme Corinne Chan Yue Tack, les principaux responsables ainsi que les parents d’élèves.
C’est un établissement en gestion parentale qui scolarise 655 élèves de la maternelle à la terminale dont 400 enfants en maternelle et primaire, et 255 dans le secondaire.
Un tiers des enfants sont français. Les frais d’écolage sont de 3000 € dans le primaire et de 3500 € pour le secondaire. Il y a une centaine de bourses.
Il est conventionné et envisage une nouvelle implantation qui serait en même temps une extension. La principale difficulté est le montage financier car il n’y a pas de fonds de réserve immobilière qui puisse servir à garantir un prêt.
Les enseignants font part de leurs craintes. Avec la réforme annoncée de l’enseignement français à l’étranger. La réunion avec les professeurs permet de faire le point sur certaines de leurs préoccupations :

  • Réforme de l’AEFE
  • Relations avec la MLF
  • Réduction du nombre d’expatriés et réforme du statut des résidents (2 contrats de 3 ans)

Dîner à la Résidence de France avec des représentants de la communauté française, en particulier avec les deux doyens d’âge, M. Guerini et Mme Jeanne Duval, ainsi qu’avec notre consul honoraire à Moundou.

Mercredi 26 septembre

Mission à Faya-Largeau et à Madama (au Niger) avec des responsables militaires français.

Faya-Largeau, capitale du Borkou-Ennedi, (20.000 habitants) est un point d’appui miliaire depuis la conquête française. Elle est construite dans une palmeraie et dispose d’une nappe phréatique à 8 m. Elle a été le théâtre de combats entre Libyens et Tchadiens en 1978 (voir ci-dessous la photo de carcasses de T5, chars russes). La piste est sécurisée par l’armée française qui y dispose 30 hommes.

Nous sommes reçus par le commandant du détachement et faisons une visite de la ville et de ses environs. La ville est très pauvre, les infrastructures inexistantes ou presque. Il y a un gros contingent tchadien et toutes les autorités civiles imaginables : gouverneur, préfet, maire, ... Il y a une activité de commerce importante, marché aux dromadaires, marché aux moutons, dattes de l’oasis, marché des femmes (cultures vivrières), nombreuses bijouteries utilisant l’or extrait du nord Tibesti. La ville est peuplée de plusieurs ethnies différentes : Toubous, Goranes, Zagawads, ...

C’est la base la plus au nord, puisqu’après on aborde les monts du Tibesti, puis la frontière avec la Libye (ancienne bande d’Aouzou). La base a une fonction logistique importante : ravitaillement en carburant des avions (les Mirages ne peuvent pas s’y poser), aide médicale (il y a un médecin et une infirmière), communications.

Ensuite visite de la base française installée à côté de Fort Madama, qui peut accueillir 300 militaires. Elle a pour mission de :

  • surveiller la route transsaharienne qui passe à proximité, voie de tous les trafics légaux et illégaux nord-sud (Libye vers Niger) mais aussi sud-nord (trafic d’êtres humains)
  • survoler la frontière libyenne qui est à 70 km ;
  • maintenir les liens avec la garnison nigérienne.

Nous revenons sur N’Djaména en fin de journée.

Jeudi 27 septembre

Visite des brasseries du Tchad (groupe Castel). Nous sommes reçus par M. Marc Aboucaya, directeur financier et faisons une visite des installations techniques de préparation de la bière, opération complexe et délicate. Le stockage et l’embouteillage se font aussi sur place sur des chaînes modernes. Castel a également une usine à Moundu (Sud Tchad).
L’entreprise distribue aussi de nombreux autres produits : eau, cola, jus de fruits. Elle fait un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros et emploie en direct 400 personnes.
Elle est en difficulté malgré son bon fonctionnement, avec l’État tchadien qui cherche à la rançonner financièrement. La fermeture est envisagée.

Visite des installations Total où nous sommes accueillis par M. Raphaël Bouteiller, directeur général.
Au Tchad, Total est dans la branche distribution avec une vingtaine de stations-service et l’approvisionnement de 4 aéroports. Elle est entre autre responsable de fournir les forces Barkhane, aviation et terre. C’est une filiale relativement petite pour un groupe de la taille de Total mais la décision de rester dans le pays a été prise.
Nous visitons les réserves de pétrole, les quais de chargement et l’unité de remplissage des bonbonnes de gaz.

Déjeuner avec les conseillers du commerce extérieur.
Le comité est présidé par M. Emmanuel Piot, directeur de la Société générale.
Les entreprises suivantes sont représentées :Société générale, Bolloré, Manufacture de cigarettes du Tchad, Sogea-Satom, Camusat (télécoms et énergies nouvelles).
La situation de l’économie est mauvaise avec un pouvoir d’achat en berne lié à la baisse du prix du baril. Ceci se double d’un climat des affaires très dégradé, en particulier avec le fisc et l’iGE (inspection générale de l’État) sorte de garde prétorienne économique du régime qui a pour fonction de racketter les entreprises. Il n’y a évidemment pas de nouvelles entreprises qui viennent s’installer au Tchad ni de nouveaux investissements. Au contraire certains envisagent de partir

L’après-midi, visite de l’hôpital du Bon Samaritain. Fondé par les jésuites, il sert de maternité et d’hôpital les jeunes enfants (4000 en 2017). Il y a un ticket modérateur de 5000 Fcfa (sur un coût moyen de 45000 Fcfa), financé par l’aide internationale, dont l’AFD. L’ambassade, quant à elle, aide à des missions médicales en province et soutient 5 médecins tchadiens à se spécialiser à l’étranger.

Pour finir, visite de France Volontaires, association sous la responsabilité du Ministère des affaires étrangères) qui accueille les volontaires (40) qui viennent travailler sur un projet pour une association (Bucofore, EVS, association tchadienne des volontaires).
Elle les aide à s’installer dans le pays et s’efforce de rendre le pays attractif (beaucoup d’offres ne sont pas satisfaites).
Les volontaires ont l’air heureux de leur engagement même si les conditions sont parfois difficiles et les statuts différents.

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