C’est dommage de commencer l’année par un scandale dans un verre d’eau.

Légion d'honneurThomas Piketty a tout à fait le droit de refuser la Légion d’honneur : il n’est pas le premier. Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Marcel Aymé, Georges Brassens, Brigitte Bardot ont fait de même. Il y a de multiples raisons : refus d’être « acheté », ne pas coexister avec des personnes peu recommandables, la modestie, rejet du gouvernement, ...

Mais ce n’est pas ce que dit notre économiste. Dire que « ce n’est pas le rôle du gouvernement de dire qui est honorable » est idiot. On peut supprimer tout bonnement les décorations, mérites, distinctions, ... comme c’est le cas en Suisse, pays égalitariste s’il en est. Mais sinon, qui d’autre que l’État serait qualifié pour les accorder ?

Puis suit cette flèche de Parthe « il –le gouvernement– devrait se consacrer à la relance de la croissance ». Là on sent comme une certaine amertume : Piketty refuserait-il la Légion d’honneur parce qu’il n’apprécie pas la politique du gouvernement ? Dans ce cas il faut le dire clairement comme Marcel Aymé (et je ne vous ai pas donné toute la citation). On savait Piketty déçu du refus d’une réforme fiscale significative : révision de l’IRPP, fusion avec la CSG et prélèvement à la source. Il n’est pas le seul, j’en fais aussi partie et je n’ai toujours pas compris pourquoi ce n’était pas techniquement possible (dixit Bercy, mais je soupçonne les syndicats des impôts de croire qu’ils défendent ainsi leurs emplois).

Mais ce qu’il dit ressemble à une petite vengeance mesquine. Ainsi on peut de développer une analyse économique brillante, vendre 1,5 million de livres (je ne pense pas qu’un million et demi de personnes aient lu ce gros ouvrage difficile) et dire des bêtises. N’est pas Marcel Aymé qui veut !

Commentaires   

#3 benoit gervais 13-01-2015 16:29
De plus, Piketty a raison de dire que le gouvernement n'est pas le mieux placé pour distinguer l'honorabilité d'untel, à voir le nombre de scandales qui émaillent l'histoire de notre république, sans parler d'autres pays: ces distinctions ne sont que des quolifichets pour flatter l'amour-propre d'indivudus qui en ont besoin pour se sentir exister (du pain et des jeux dans d'autres civilisations), d'autant plus quanelles sont dévoyées aujourd'hui puisque n'importe qui sans grande honorabilité (en particulier des dictateurs étrangers) peut les obtenir
#2 benoit gervais 13-01-2015 16:20
Je pense que T.Piketty est surtout décu d'avoir travaillé pour rien auprès de F. Hollande, qu'il a conseillé avant les élections présidentielles , ce dernier n'en faisant qu'à sa tête après les dites élections et surtout n'appliquant pas ou trop peu le programme sur lequel il a été élu: lutte contre la finance entre auttres: il n'y en a pas de bonne, voir les dérives qui y sont intrinsèques, mais malheureusement de nécessaire. Déception renforcée par le fait que Piketty est internationnale ment reconnu pour son analyse.
#1 Anger 05-01-2015 15:51
Je suis étonnée que vous considériez le livre de Piketty « gros et difficile ». Je le suis encore plus qu'un ministre avoue ne pas l'avoir encore lu parce qu'il le trouve « trop lourd et trop gros » même si ce n'est qu'une boutade. Juge-t-on de la qualité d'un ouvrage par son poids ? Cela expliquerait peut-être la légèreté des programmes politiques !
Je vous trouvais mieux avisé lorsque vous conseilliez de lire Les carnets de l'interprète de guerre d'Elena Rjevskaïa, qui est aussi un assez «gros » livre mais fort intéressant. Votre jugement lapidaire mais injuste risque de dissuader un certain nombre de lecteur potentiel qui vous font confiance a priori.
D'autre part je doute que 1,5 million de personnes aient acheté le livre juste pour faire joli dans leur bibliothèque ou pour caler une table !
Le livre n'est pas destiné aux seuls spécialistes, il vise un large public. L'auteur définit les notions économiques qu'il utilise, telles que PIB ou revenu national. Cela doit rappeler quelques souvenirs aux élèves de seconde. En effet, les élèves nés après 1965 qui sont arrivés jusqu'à la classe de seconde générale ont tous eu des cours d'économie. A mon humble avis ils sont capables de lire ce livre. Sans compter les millions d'élèves ayant un bac ES.
Nombre de journalistes et d'hommes politiques racontent un peu tout et n'importe quoi, notamment lorsqu'ils parlent de chiffres. Il est bon de temps en temps de rappeler certains faits et données historiques. Après chacun peux se faire son idée et décider librement s'il est d'accord ou pas.
Je me souviens d'un ancien professeur de français qui demandait à ses élèves pourquoi ils n'aimaient pas lire. Un élève lui a répondu qu'il y avait trop de mots. Et oui ! Dans un livre il y a des mots et dans un livre qui traite d'économie il y a des notions économiques. Et il y a même, horreur, des formules mathématiques !