La 52ème édition du salon de l’agriculture s’est achevée dimanche dernier après avoir accueilli près de 700.000 visiteurs. Ce succès montre l’engouement populaire qui existe autour du monde agricole que les citadins aiment redécouvrir le temps d’une journée et que les hommes politiques de tous bords célèbrent souvent maladroitement pour gonfler leur capital sympathie.

MaïsMais en dehors de cette éphémère valorisation festive du travail de la terre et de l’élevage, force est d’admettre que les enjeux agricoles sont rarement abordés dans le débat français ou le sont dans un sens qui tient rarement compte des préoccupations et de l’expérience des agriculteurs. La polémique autour des OGM (PGM pour les plantes), qui est bien plus vive en France que dans n’importe quel pays de l’UE, en est la triste illustration.

Depuis la destruction de sa dernière parcelle expérimentale de culture de PGM en juillet 2013, la France semble avoir définitivement enterré toute volonté de faire progresser la science dans un domaine – la biotechnologie végétale – où elle était encore très avancée dans les années 1990. Tout ceci au nom d’un principe de précaution qui s’est mué en véritable principe d’inaction.

Les scientifiques ont beau réaffirmer l’innocuité pour la santé humaine des PGM régulièrement testées, les Français semblent paralysés devant l’idée d’en manger. Et pourtant, ils le font tous les jours ! Car le paradoxe français est là : alors que la législation française interdit aux agriculteurs français de cultiver des PGM, on ne se prive pas d’en importer massivement, notamment pour nourrir les animaux d’élevage mais aussi pour tous les produits transformés que l’on trouve dans le commerce. D’ailleurs, notons qu’après 30 ans de consommation, en France comme ailleurs, si les PGM avaient des effets indésirables sur la santé, on s’en serait rendu compte !

Aussi est-il urgent de réexaminer la position française sur les PGM, qui est intenable à moyen-terme compte-tenu des besoins croissants en termes d’alimentation et de production d’énergie (biomasse). Une étude réalisée en 2014 pour l’Université allemande de Göttingen sur la base de 147 publications scientifiques montre que l’adoption de PGM par les agriculteurs permet d’augmenter les rendements de plus 20% et d’accroitre le revenu des agriculteurs de près de 70%. En effet, les PGM résistent davantage aux maladies qui déciment de nombreuses cultures et découragent chaque année les agriculteurs. Elles allègent par la même occasion le travail de ces derniers.

Par ailleurs, selon cette même étude, l’utilisation de PGM réduit la quantité de pesticides nécessaire de près de 40% en moyenne. Certaines variétés de PGM permettent également de diminuer les besoins en eau, ce qui peut être vital dans les régions exposées à un stress hydrique. Au final, il est vain d’opposer la culture de PGM à l’agro-écologie. En vérité, la combinaison de l’utilisation de PGM et de méthodes de culture respectueuses de l’environnement est probablement une solution d’avenir pour rendre l’agriculture à la fois plus productive et plus verte.

Je crois qu’il faut donc arrêter de pénaliser nos agriculteurs qui souhaitent se lancer dans la culture de PGM ainsi que toute notre industrie agricole qui est la première exportatrice mondiale de semences (conventionnelles) de grande culture mais dont la recherche et l’innovation est bridée par une législation absurde guidée par une peur irrationnelle. La France doit au moins reprendre les expérimentations et la recherche publique en matière de biotechnologie végétale : elle peut le décider puisque la Commission européenne a décidé de laisser chaque pays membre décider de sa politique en la matière.

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