Je ne commente pas les résultats de l’élection départementale de la semaine dernière. Tout, et encore plus, a été dit dans ces torrents de blabla que nous déversent tous ces commentateurs avisés des radios et télévisions.

Changer de capEn tant que militant et élu socialiste, quelle conclusion en tirer ?

Une sacrée défaite qui fait mal et que nous devons assumer en tant que telle. Elle frappe durement le PS qui est essentiellement un parti d’élus locaux (200.000) ce qui confère un ancrage local puissant et une réactivité électorale forte. Ceci supplée le fait que la classe ouvrière et salariée a été coupée du mouvement socialiste français par la mortifère Charte d’Amiens (1906), elle-même fruit des délires anarcho-syndicalistes.

Parti d’élus locaux, le PS en a les qualités et les défauts. C’est un parti peu idéologue : depuis 20 ans il n’y a plus de débats sérieux en son sein. Il se caractérise par un « centre » de 70% peu concerné par les choix de société en dehors des grandes questions de justice socialiste, défense des libertés et laïcité. Une petite partie des adhérents (10 à 20%) reste attaché à la doxa marxiste tout en sentant la nécessité de s’adapter au XXIème siècle. Elle pleure l’union de la gauche et les belles années Mitterrand. Elle ne veut pas comprendre qu’un PC sénescent et disparaissant, un parti de gauche repoussant et une écologie divisant ne font pas 8%. Suffisant toutefois pour faire battre les candidats socialistes dans une partie des circonscriptions. Impuissante et bête, telle est la stratégie proposée.

C’est aussi un parti socialiste pragmatique et assez corporatiste dans la défense des intérêts de ses membres. Il le montre sur les questions d’enseignement, dans les entreprises publiques, dans la fonction publique, la plupart des syndicats, à l’exception notable de la CFDT, étant devenus des forces de blocage fossilisées et hostiles au moindre changement. Parmi ses défauts, le PS a, dans certains départements, celui des féodalités. Un grand seigneur règne, entouré de sa cour d’obligés. À celui qui baise la babouche, tout est possible, à celui qui refuse, la mort (politique). Le scrutin de dimanche dernier a au moins le mérite de nous débarrasser d’une demi-douzaine de ces roitelets, juste avant qu’ils ne finissent devant la justice. Nous verrons ce que la droite nous proposera à la place.

Le vote est clairement un message national : tout le monde connait un conseiller général de grande valeur, intègre, ayant travaillé ses dossiers, qui a été injustement et sèchement envoyé au tapis. Rien n’y a fait, le bilan positif encore moins. Ainsi court l’injustice en politique, ce qui en fait un sport à haut risque. Message national donc de rejet et critique de la politique nationale : une certaine pagaille, les critiques, phrases assassines des socialistes entre eux (Montebourg, Duflot, Filippetti, députés PS anti gouvernementaux), les hésitations et retours en arrière du gouvernement.

Mais y a-t-il plus, rejet de la politique économique ? Oui dans la mesure où le chômage n’est pas en baisse et que c’est de loin la première préoccupation des Français.

Non pour la réduction des déficits, pour le rétablissement de la compétitivité des entreprises. Une partie importante des français est prête à accepter des sacrifices (travailler plus longtemps, modération salariale, flexibilité de l’emploi, âge de la retraite, prestations sociales) à condition que la croissance revienne, plus forte, et crée des emplois. Evidemment cela choque car les inégalités sociales sont accrues. Mais y a-t-il une politique alternative qui garantisse cela mieux que ce que nous faisons ? Je ne le crois pas car les pays qui voient leur croissance revenir et les emplois créer sont ceux qui ont suivi la même politique économique et monétaire que nous : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, …. Une seule hésitation cependant : faut-il relancer plus par la demande ?

La baisse du prix du baril injecte environ 10 milliards d’euros, la baisse de l’IRPP représente 3 à 4 milliards, les taux et l’euro bas 10 milliards. Ces 24 milliards d’euros ne sont pas encore suffisants : il nous faut sans doute faire plus, 15 à 20 milliards pour que le moteur économique reparte vraiment. Donc pas de changement de cap économique mais par contre on peut y réfléchir pour la stratégie.

Le plus difficile c’est bien de reconstruire une alliance des forces de gauche et de progrès. Nous devons chercher un accord avec ceux des Verts qui sont désireux de réformer la société et non de s’opposer à tout, avec les gens du centre gauche qui ne veulent pas de monopole UMP Sarkozyste. Cela prendra beaucoup de temps et sera difficile mais c’est l’enseignement principal de ces élections.

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