Le premier président tunisien élu démocratiquement, Béji Caïd Essebsi, s’est exprimé devant le Sénat ce mardi 7 avril 2015 dans le cadre d’une visite d’État prévue de longue date mais qui est devenue hautement symbolique depuis que la Tunisie a été frappée, comme la France au début de l’année, par le terrorisme islamiste.

BCE au SénatL’attentat du musée du Bardo a rappelé, si besoin en était, que le monde arabo-musulman, loin d’être épargné par la menace terroriste, en est la première victime. À ce sujet, je retiendrai de l’intervention du président tunisien la mise en garde qu’il nous adresse contre l’amalgame entre islam et islamisme, lequel est, selon ses propres mots, « un mouvement politique qui instrumentalise la religion musulmane pour arriver au pouvoir par la force et la violence ».

Le président de la République française, François Hollande, a déjà eu l’occasion d’exprimer le soutien indéfectible de la France au peuple tunisien lors de la grande marche contre le terrorisme organisée le 29 mars dernier à Tunis en réaction à l’attentat du musée du Bardo. Il faudra toutefois plus qu’une déclaration de principe pour aider ce pays ami à réussir dans la durée sa transition démocratique.

En effet, la Tunisie sort tout juste d’une période de forte instabilité politique, qui a suivi la révolution de jasmin de 2010-2011. Cette dernière, après avoir fait tomber le président-dictateur Ben Ali et écarté du pouvoir les anciens membres de son parti, a conduit à une succession de gouvernements provisoires et à la victoire électorale du parti islamique Ennahdha, qui a échoué dans sa gestion du pays.

L’adoption, non sans difficulté, par l’Assemblée constituante de la Loi fondamentale tunisienne, qui définit la Tunisie comme un « État civil », reconnait les libertés publiques dont « la liberté de conscience et de croyance et le libre exercice du culte », consacre la primauté du droit civil sur la charia et garantit la parité dans les assemblées élues, a ouvert la voie à une normalisation de la vie politique tunisienne autour d’un consensus démocratique.

Les élections législatives d’octobre 2014, qui ont placé le parti séculier Nidaa Tounes devant Ennahdha, puis les élections présidentielles remportées par Béji Caïd Essebsi, dans des conditions de transparence largement reconnues par la communauté internationale, ont permis à la Tunisie d’achever sa transition et de devenir le seul pays dans lequel les espoirs démocratiques du printemps arabe n’ont pas été douchés par le chaos militaire ou islamiste.

Si la période de transition semble achevée, la jeune démocratie tunisienne reste toutefois fragile et est confrontée à un moment charnière de son histoire, qui aura indéniablement des répercussions sur l’ensemble de la région. Encerclée par des groupes terroristes armés à ses frontières avec l’Algérie et la Libye, la Tunisie doit également faire face à un climat économique et social difficile, qui nourrit l’islamisme sur son sol.

Dans ce contexte, la coopération économique et sécuritaire entre la France et la Tunisie est une urgente nécessité afin que la Tunisie reste cette lumière d’espoir pour tous ceux qui, dans le monde arabo-musulman, aspirent à plus de démocratie. J’espère que la visite d’État du président tunisien en France sera fructueuse de ce point de vue.

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