On se rappelle ce conte de Grimm dans lequel un jeune homme est engagé pour combattre les rats qui ont envahi la bonne ville de Hamelin. Il y arrive en jouant d’une flûte quelque peu magique qui entraine les rats à le suivre jusqu’à la Weser (la rivière qui traverse la ville) où ils se précipitent tous à l’eau, l’un derrière l’autre, et se noient. Le jeune homme demande donc aux édiles de la ville la rémunération de son travail réussi mais ils le lui refusent. Un jour qu’ils sont tous à la messe, le joueur de flute reprend son instrument et parcourant les rues de la ville, il rassemble tous les enfants et les conduits à la Weser.

Joueur de flûteCette fable me parait bien caractériser la situation actuelle de la gauche et du PS. Nous descendons avec constance vers la rivière en sachant que nous allons nous y noyer. Tout le monde s’y met : mesures gouvernementales mal préparées (loi sur le travail), mauvaise communication (pensons à l’impôt sur les pensions), Europe inefficace pour ne pas dire plus, frondeurs qui, députés socialistes, veulent voter la censure de leur propre gouvernement, parti qui ne sanctionne pas de tels errements.

Les joueurs de flûte sont nombreux : frondeurs de tout poil, libéraux et néo libéraux affirmés ou pas, nostalgiques de l’union de la gauche 1972, front de gauche excluant a priori le PS, candidatures délirantes à la présidentielle...

Dans tout cela, essayons de garder quelques idées simples :

  • Il n’y aura pas d’alliance avec le PC ni avec le Parti de gauche. Ils ont affirmé très clairement leur refus et leur tentative de créer un pôle de gauche. Leurs forces politiques et électorales sont certes bien trop faibles pour une telle stratégie (20% ) mais Mélenchon qui occupe bien ses 10% espère voir les frondeurs et déçus du PS venir à lui.
    Et pour réussir, ces groupes disparates, pour ne pas dire aux lignes politiques contradictoires, sont décidés à s’allier avec certaines forces de droite comme le montre le vote de la motion de censure à l’assemblée nationale : PC, souverainistes, Front National, Front de gauche, …). Ce ne sera pas la première fois que le PC s’allie avec la droite contre la social démocratie
  • Le parti écologiste est plus difficile à cerner car il met parfois en avant des vrais problèmes de société que nous devrions traiter sérieusement (avec ou sans eux). Cependant en tant que parti, ils n’ont réussi qu’ à concentrer tous les défauts possibles à un degré même supérieur celui du PS.
  • Le PS a enfin évolué vers une social démocratie qui accepte l’économie de marché en s’efforçant de la réguler et d’apporter de la justice sociale.
    Mais si doctrine économique s’est adaptée aux réalités du siècle, il n’en est pas de même de sa stratégie sociale. Nous restons prisonniers de feue l’union de la gauche.
    C’est pourtant l’ultime étape à faire : se libérer des alliances contre nature avec le PC et consorts, les aider à disparaitre définitivement de la vie politique française comme c’est le cas dans tous les autres pays de l’Union européenne.
  • Comment bâtir une alliance avec les forces de centre gauche et de centre droit, les forces sociales de progrès (syndicats, associations) et les écologistes ? C’est cela notre feuille de route pour les prochains mois voir les prochaines années. Mais il faut pour cela assumer le projet politique.

C’est un nouveau cycle qui commence alors que se termine celui né en 1960 avec le refus de l’engagement en Algérie, la fin de la SFIO, le PSU, la création du PS et de stratégie victorieuse, l’élection de François Mitterrand, puis l’exercice s difficile et douloureux du pouvoir. Selon l’expression le monde ancien est mort mais le nouveau n’est pas encore apparu. Il lui faut un accoucheur : qui ?

Commentaires   

#2 Jordi GRAU 17-05-2016 17:54
M. le Sénateur,

Je suis d'accord avec le début de votre billet. L'image du joueur de flûte de Hamelin est assez appropriée, en effet. La suite de votre texte, hélas ! n'est pas à la hauteur. Vous voudriez des sanctions pour les députés dits "frondeurs", alors que ce sont les seuls qui sont restés à peu près socialistes ! Si la loi "travail" avait été proposée sous le quinquennat de Sarkozy, nul doute que le PS l'aurait fermement condamnée. L'UNEF aurait encouragé les étudiants à la grève et le gouvernement se serait débattu dans des difficultés bien pires encore que celles que connaît celui de M. Valls. Seulement voilà, quand un gouvernement prétendument socialiste prend des mesures de droite, il faut s'écraser, n'est-ce pas ? - alors même que M. Valls a dit il y a quelques années que l'adjectif "socialiste" ne lui convenait pas. Et que dire du recours au 49.3 ? Ne serait-ce pas un élément de ce qu'un politicien dont j'ai oublié le nom appelait le "coup d’État permanent" ? Bref, monsieur le Sénateur, je crois que vous êtes comparable aux enfants de Hamelin. Hypnotisé par la petite musique du gouvernement, vous courez tout droit à la catastrophe morale et politique.... à moins que vous ne fassiez vous-même partie des joueurs de flûte....

Cordialement, mais en colère, j'ai l'honneur de vous saluer.

Jordi Grau, citoyen français résidant à l'étranger
#1 Ohl Françoise 17-05-2016 12:26
Très beau texte, Richard, qui me redonne espoir.
Restons optimistes, bien que cela soit difficile en ce moment.
Le Rattenfänger de Hameln n'est qu'un conte après tout !