Ce que Hassan nous dit, c’est que sa loyauté au Parti socialiste est la plus forte.

C’est un sentiment, une valeur que l’on doit respecter, elle est à la base de nombreux engagements : le mariage, la famille, l’armée, l’église, les partis politiques...

Elle a même été considérée comme la valeur suprême dans le mouvement communiste. Elle est digne et sans surprise. Mais la politique, c’est la guerre au plus haut niveau. Il faut agir vite, savoir retourner ses positions, ses alliances. Les plus proches deviennent vos plus ardents adversaires : pas de place pour la loyauté et la fidélité.

« Deviens ce que tu es » nous propose Hassan citant Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra ». C’est dire qu’il y a chez les membres du PS, une potentialité forte qui ne s’est pas exprimée lors de l’élection présidentielle mais qui ne demande qu’à s’affirmer. Et le travail de reconstruction du socialisme français et du « nouveau » parti socialiste s’appuierait sur ces valeurs fortes, jusqu’à maintenant restées dissimulées. C’est un appel à la volonté, à se dépasser, à se surpasser (pas tout à fait le Surhomme cher à Nietzsche mais cela s’en rapproche).

C’est curieux mais c’est à Emmanuel Macron que j’aurais appliqué cet aphorisme nietzschéen car c’est exactement ce qu’il a fait : « sois le maître et le sculpteur de toi-même » (suite de la citation faite par Hassan). Il est devenu ce qu’il était et il nous a entraînés avec lui ! Je n’insisterai pas car les esprits chagrins m’accuseront de vile propagande.

Je reviens à nos méditations philosophico-politiques. Mon avis est critique sur deux points :

  • Reconstruire un corpus d’analyse, de compréhension de la société française et européenne qui permette ensuite d’élaborer les bonnes réponses politiques est un travail considérable qui prend au minimum une dizaine d’années. Je l’ai vécu au PSU. C’est un cycle long qui nous a pris de 1965 à 1974 pour construire l’analyse et retrouver les valeurs fortes comme l’autogestion, la lutte anti impérialiste, la planification démocratique, les droits des femmes….
    Une période militante de ces années à 1984/5 avec un engagement sur le terrain dans les associations, dans les syndicats, où, comme le disait Mao Tsé-Toung, nous étions « dans le peuple comme un poisson dans l’eau”.
    Puis la période de la récolte (« la moisson à faire est grande » Matthieu 9.35-38) est venue et nous avons progressivement gagné tous les pouvoirs jusqu’à 2002 et Jospin. Le déclin a commencé dans cette période : nous avons perdu le contact militant, nous nous sommes intéressés qu’aux désignations électorales, et nous touchons le fond (si j’en juge par les résultats). Donc au total un cycle de 50 ans.
    Je ne prétends pas que ce cycle est toujours le même mais cela donne une idée du travail à faire.
  • il faut passer par une phase d’analyse critique de notre action et de nos idées depuis 10 ans : quelles ont été nos erreurs ? Qu’avons fait ou pas fait dans la gestion des villes et des collectivités qui ait été bien ou mal. Comment clarifier les nombreuses ambiguïtés que nous avons maintenues sur l’Europe, sur l’OTAN, sur la politique de l’offre, sur l’immigration, ... Débat sur le souverainisme, sur les institutions, sur la justice, sur les alliances politiques et électorales, ... Sur toutes ces questions, le PS a fait coexister des conceptions radicalement opposées, sans trancher, vivant sous le couvert de fausses synthèse. Ce sont ces tendances plus ou moins organisées en petits partis à l’intérieur du PS qui se mènent la guerre permanente pour « contrôler » telle section, telle fédération et qui surtout, au sein du parlement, fonctionnent en fraction organisée sans aucune discipline, allant jusqu’à voter des motions de censure contre leur propre gouvernement socialiste... Grâce à quoi, nous avons eu un quinquennat (celui de François Hollande) perdu (il nous a aussi perdus).
  • Mais la France et l’Europe ne peuvent pas attendre ce délai : le Front national peut être au pouvoir dans 5 ans. À titre personnel, je ne peux reprendre ce cycle de 30 ou 40 ans après mes 50 ans de parti (j’ai adhéré en 1968). Nous voyons bien à travers l’Europe que la social-démocratie est en crise : PSOE en Espagne, Parti démocratique en Italie, Labour en bien mauvais état, même le SPD est à la peine malgré Martin Schultz. Partout la refondation est nécessaire. Mais pour cela il faut le courage de la critique et de l’autocritique, il faut que les responsables de tous ces errements aient le courage de démissionner mais ce sont des pratiques inconnues en France.
  • Je veux voir la société française se moderniser, retrouver l’innovation, la croissance la sécurité et la bienveillance entre ses concitoyens mais rapidement, dans le délai d’un quinquennat. Travailler avec des personnes et des formations politiques qui peuvent constituer une majorité, c’est se donner les moyens de mener des réformes importantes sur plusieurs années. Nous essayons quelque chose de nouveau sur le fond et dans la forme : c’est ce que proposent le mouvement et la dynamique engagée par Emmanuel Macron. Il y a, bien sûr, des possibilités importantes d’échec mais j’y mets mon dernier espoir.

Enfin je n’ai pas le fétichisme du parti. Nous ne sommes plus à l’époque du parti communiste qui exigeait un engagement sans faille. Un parti c’est juste un moyen, une organisation pour mettre en œuvre la politique que l’on souhaite. Depuis 150 ans, les partis socialistes se sont succédé (une bonne quinzaine) mais les valeurs restent les mêmes. Pensez aux partis de Barbusse, Jules Guesde, Allemane, Jaurès, Louis Blanc, Pelloutier ... J’ai si peu ce fétichisme que pour les élections législatives, je soutiendrai autant de candidats et de candidates estampillées PS qu’En Marche parce que la seule chose qui vaille, c’est la qualité des femmes et des hommes qui se présentent.

Mes excuses pour ce texte un peu long et merci à Hassan d’avoir permis ce débat.

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