Il y a quelques jours, Maryam Pougetoux, présidente de l’UNEF à l’Université Paris-IV, a suscité une polémique qui a ravivé le débat sur la laïcité. Interrogée sur le blocage de sa faculté par la chaîne M6, la jeune femme est apparue à l’écran portant un hijab.

Porter le voile est un droit que nul ne doit contester. Comme le précise clairement l’esprit de la loi de 1905, la laïcité est un principe de permission et non d’interdiction. Elle doit en ce sens garantir que chaque citoyen puisse exercer son culte librement, tout en ayant le choix de n’en exercer aucun.

Mais ne peut être considéré comme neutre le fait d’arborer un signe religieux, et ce de manière ostentatoire, dans l’exercice d’un mandat syndical ou politique. Ainsi, bien que cela n’ait probablement pas été son intention, Mme Pougetoux a fait passer un message communautariste le 12 mai dernier. En s’exprimant voilée au nom de l’un des plus influents syndicats étudiants de France, elle n’a pas fait cette distinction, pourtant si chère à notre tradition républicaine, entre convictions religieuses et engagement politique.

Je tiens à ajouter à cela qu’un tel comportement marque un paradoxe profond avec les valeurs historiquement laïques et féministes de l’UNEF. En témoigne à cet égard la réaction explosive de son ancien président face à l’affaire. Interrogé par l’hebdomadaire Marianne, Bruno Julliard a ainsi soutenu que « ce voile, et plus encore les discours pour le défendre, ce sont des décennies de combat pour l'émancipation des femmes piétinées ».

Et pour cause, alors président de l’organisation entre 2011 et 2014, Emmanuel Zemmour affirmait en 2013 qu’ « à l’UNEF on se bat contre le port du voile qui est avant tout un signe de soumission des femmes ».

Mais le syndicat a fait bien du chemin depuis ces cinq dernières années. Parmi les transformations mises en œuvre, la plus choquante demeure l’organisation de « réunions non mixtes racisées » auxquelles ne peuvent participer que des militantes dont la couleur de peau n’est pas blanche.

L’UNEF telle que nous l’avons connue n’est décidemment plus. Syndicat emblématique qui jadis mobilisait des foules disparates contre le CPE, le virage communautariste amorcé par l’organisation fait ressortir un profond mal d’identité, laissant présager une chute prochaine. Souvent trop politisée, peut-être était-elle aussi une représentante de ce « vieux monde », condamnée à disparaître avec l’avènement d’Emmanuel Macron.

Ajouter un Commentaire