Le mercredi 13 juin, Emmanuel Macron a exposé sa vision de la politique sociale devant une assemblée de 2000 mutualistes et autres professionnels du monde de la santé. Le chef de l’État a dressé un diagnostic sévère mais lucide de l’état actuel dans lequel se trouve notre modèle social.

Qu’il s’agisse de la santé, des retraites ou encore des minimas sociaux, force est de constater que les dispositifs existants, hérités pour la plupart de la société d’après-guerre, ne sont plus en mesure de faire face aux défis d’aujourd’hui.

Si notre système de santé soigne bien, il prévient en revanche très mal, à la différence de plusieurs de nos voisins européens. Trop souvent, les Français renoncent à se faire soigner, en raison d’un reste à charge trop élevé. Sur le long terme, cela entraîne une hausse des pathologies lourdes, plus coûteuses à soigner. À cela s’ajoute la présence de nouvelles formes de pathologies, telles les maladies chroniques liées à la pollution, face auxquelles notre dispositif actuel se trouve de plus en plus démuni.

Notre système de retraite est également à bout de souffle. Fondé à une époque alliant plein emploi et espérance de vie limitée, il fait aujourd’hui face au chômage de masse et au vieillissement de la population. Avec ses 42 régimes inégaux, liés pour beaucoup à des statuts n’ayant plus lieu d’être, il manque cruellement d’équité en plus d’être peu lisible pour nos concitoyens.

Enfin, la persistance d’un niveau de pauvreté élevé (14% de la population) remet profondément en cause l’efficacité de nos minimas sociaux. Bien que la France dépense en moyenne 30% de son PIB en protection sociale, elle compte actuellement 8,5 millions de personnes pauvres. Plus que jamais, l’ascenseur social est en panne, et, comme le montrent les études, notre société est plus déterministe qu’il y a 30 ans.

La réalité, c’est que si notre modèle de protection sociale offre aux personnes un filet de sécurité minimum pour faire face à la pauvreté, il ne leur donne pas les outils nécessaires pour en sortir. Cela a pour effet d’assigner à résidence les propriétaires, tout en déresponsabilisant l’état. L’exemple du RSA est à cet égard particulièrement révélateur : Alors qu’il a augmenté de 80% au cours des dernières années, la part des dépenses consacrées à l’accompagnement a diminué de 40%.

Quelles solutions adopter pour remédier à ces déséquilibres ? Faut-il recourir à plus de dépense publique ? C’est ce que nous avons fait ces dix dernières années, pour le résultat que nous connaissons. S’impose au contraire une refonte durable de notre modèle de protection sociale, où l’accent doit être mis sur le qualitatif davantage que sur le quantitatif, sur le traitement des causes et non simplement des symptômes du mal-être social.

L’État ne peut assumer seul le poids d’une telle transformation, et c’est pourquoi chaque acteur concerné devra y prendre pleinement sa part. C’est précisément ce que prévoient les mesures énoncées dans le discours d’Emmanuel Macron, qui misent sur une responsabilisation des prestataires sociaux.

Dans le domaine de la santé, le Président de la République a exposé une stratégie fondée sur la prévention. Si celle-ci implique des dépenses à court terme, elle permettrait de réduire considérablement les coûts sur la durée, en générant une baisse des pathologies lourdes. La mise en place, dès le plus jeune âge, de trois consultations obligatoires dédiées au dépistage des troubles visuels et auditifs s’inscrit dans cette logique, tout comme l’instauration d’un examen dentaire pour les enfants de 3 ans et les jeunes de 24 ans.

S’il s’insère également dans cet objectif de prévention, l’établissement d’un reste à charge zéro pour les lunettes, prothèses dentaires et appareils auditifs va encore plus loin. Véritable conquête sociale, cette mesure, censée être effective en 2021, redonnera du pouvoir d’achat aux Français tout en réduisant les inégalités. Ainsi, l’incapacité à être équipé de lunettes est l’une des causes principales de l’illettrisme et du mauvais apprentissage en fin de primaire.

Concernant les retraites, le Président de la République a annoncé qu’une loi sera présentée au Parlement début 2019. Bien plus qu’un énième réforme budgétaire de court-terme, elle comportera une refonte profonde du dispositif actuel, avec une convergence progressive des 42 régimes existants en un seul. Elle introduira ainsi davantage de justice sociale, en ce sens que chaque euro cotisé donnera lieu aux mêmes droits pour chaque citoyen.

Si cette réforme permettra de dégager des économies sur les retraites, le Gouvernement prévoit cependant d’augmenter ses dépenses pour faire face au vieillissement. En témoigne notamment la hausse de la minimum vieillesse, ou encore la création d’un cinquième risque fondée sur la dépendance, qui fera l’objet d’une loi en 2019.

Afin de lutter efficacement contre la pauvreté, le Président de la République a rappelé l’importance d’attaquer le problème à la racine, dénonçant une politique dont la réponse serait exclusivement monétaire. Le rôle de l’éducation est crucial à cet égard, et nous pouvons en ce sens saluer les mesures de l’exécutif relatives au dédoublement des enfants par classe en REP, ainsi qu’à l’obligation de la scolarisation dès l’âge de 3 ans.

La contribution des filières profesionnalisantes n’est également pas à négliger. Si l’UNEDIC table sur un taux de chômage de 7,7% fin 2021, un tel scénario ne pourra se produire qu’à condition qu’il y ait une adéquation entre l’offre et la demande de travail. Or ce n’est pas encore le cas en France, où les entreprises continuent à éprouver d’importantes difficultés de recrutement. Examinée en ce moment même à l’Assemblée nationale, la loi sur la transformation de l’apprentissage et de la formation professionnelle permettra de résoudre à ce déséquilibre.

Enfin, s’agissant des minimas sociaux, le Président de la République a affirmé vouloir « sortir d’une logique de guichet » pour « aller vers une logique d’accompagnement ». Celle-ci doit fournir aux bénéficiaires de ces aides toutes les armes nécessaires pour trouver un emploi. Rentrée en vigueur au 1er janvier 2018, l’augmentation de 30% de l’aide à la garde d’enfant pour les familles monoparentales s’inscrit pleinement dans cette logique.

Mais l’exécutif entend aller beaucoup plus loin. Le Président de la République a en effet souhaité vouloir « mieux rémunérer », « reconnaître » et « institutionnaliser » le rôle des travailleurs sociaux et associations impliquées dans la lutte contre la pauvreté. Un travail d’évaluation devra également être mené sur le RSA, ainsi que sur les autres dispositifs d’accompagnement sociaux. La stratégie pauvreté qui sera présentée début juillet en précisera les grands axes.

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