Début février, la Commission européenne a lancé une consultation publique d’une durée de trois mois concernant l’avenir de la politique agricole commune après 2020. Jusqu’au 2 mai prochain, la Commission entend rassembler des propositions pour moderniser et simplifier la PAC post-2020.

La tâche n’est pas simple et les nouveaux défis de l’agriculture et de la zone rurale sont nombreux (plongée des prix des volailles, du porc, du lait, récurrence de crises sanitaires, fluctuations des cours mondiaux des céréales etc.). Mais la Commission souhaite se donner les moyens de les relever grâce aux suggestions des agriculteurs, des citoyens, des organisations. Cette consultation publique, considérée comme « un premier pas », devrait déboucher sur l’adoption avant la fin de l’année d’une communication sur l’avenir de la Politique Agricole Commune (PAC). Bien sûr, il existe des priorités d’action à l’instar de la croissance et de l’emploi, mais des facteurs comme le développement durable, un budget axé sur les résultats, la rationalisation ou encore la subsidiarité doivent être pris en compte.

Les discussions déjà entamées à Bruxelles pour la réforme d’après 2020 révèlent l’importance de l’agriculture pour l’ensemble de l’Union européenne et le désarroi des pouvoirs publics face aux enjeux agricoles, désarroi accentué par la perspective prochaine du Brexit.

Je pense que les réflexions, qui ont déjà commencé, doivent s’intensifier et s’affiner. Les agriculteurs européens attendent l’UE au tournant, la PAC devra être adaptée à la réalité des marchés agricoles et répondre aux défis majeurs de la volatilité des prix et de la gestion des crises. Je rejoins Tony Blair, qui disait il y a une douzaine d’années : « Nous dépensons dans le domaine agricole dix fois ce que nous dépensons en recherche » ; « Je comprends qu’un pays veuille subventionner son agriculture. Mais il y a un problème quand l’Union européenne décide d’engloutir 40% de son budget dans un secteur qui représente 2% des emplois ».

Certes, les réformes successives qu’a connues la PAC lui ont permis de s’adapter aux changements mondiaux qui ont touché l’agriculture ces 50 dernières années. La PAC n’a pas eu d’autre choix que d’évoluer pour paraître moins protectionniste tout en préservant l’agriculture européenne. La plupart de ses objectifs initiaux ont été remplis : la productivité a augmenté et l’autosuffisance est atteinte pour les principaux produits agricoles de zone tempérée.

Cependant, la PAC n’est pas exempte de tout reproche. En effet, elle reste très couteuse, malgré les différentes mesures prises pour réguler son budget. De plus, elle est très mal perçue par les pays tiers à commencer par les États-Unis qui la considèrent que la PAC crée des distorsions de concurrence. Enfin, les revenus agricoles restent un problème d’actualité. Ils sont toujours inférieurs en moyenne à ceux des autres secteurs ce qui montre une relative inefficacité. Par ailleurs, la PAC n’a pas empêché la disparition des exploitations, qui s’est progressivement accélérée.

Les mois à venir vont être déterminants pour l’avenir de l’agriculture européenne. J’aimerais connaître la vision des candidats à la présidentielle sur l’avenir de l’agriculture française et européenne dans ce contexte, ainsi que le rôle qu’ils assigneront aux secteurs agricole et agro-alimentaire. Faut-il promouvoir d’autres modèles agricoles ? Peut-on proposer des politiques publiques radicalement différentes ? Après 2017, que restera-t-il du projet « agro-écologique » et du « produire autrement » ?

Emmanuel Macron, a saisi l’urgence d’améliorer les conditions de vie des agriculteurs et entend changer de méthode. Il souhaite organiser la montée en gamme de notre modèle agricole et pour ce faire le candidat, s’il est élu, lancera un programme d’investissement d’Avenir Agricole sur la période 2017-2022. L’accès à ces financements sera réservé - à des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement ou le bien-être animal ; - à des projets de développement d’activités de transformation et de distribution qui privilégieront notamment les circuits courts. Les projets coopératifs seront privilégiés. Emmanuel Macron souhaite apporter davantage de protection aux agriculteurs face à la volatilité des prix et propose la création, dans le cadre d’une PAC au budget préservé, d’un système de subventions qui aura pour ambition d’augmenter les aides en temps de crise. Le candidat redonne ainsi du sens aux aides européennes, en leur permettant de soutenir les agriculteurs lorsqu’ils en ont vraiment besoin.

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