Lundi, les responsables de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles ont remis leur programme commun au chef de l’État italien, le Président Sergio Matarella. Comme convenu, les leaders des deux partis vainqueurs des élections de mars dernier lui ont aussi proposé la nomination d’un premier ministre, le juriste Giuseppe Conte, jusque-là peu connu du public.

Obtenue à l’issue de plus de deux mois de négociations, cette coalition n’apparaît pas comme un bon présage pour l’Union européenne. S’ils sont aux antipodes sur plusieurs sujets, les deux mouvements partagent en commun un euroscepticisme marqué.

Ainsi, d’après un sondage de septembre 2017, 44% des électeurs du M5S et 54% de ceux de la Ligue auraient voté pour une sortie de l’UE, et respectivement 53% et 59% pour abandonner l’euro. Leader emblématique de la Ligue depuis plus de cinq ans, Matteo Salvini avait fait parler de lui en 2013 en comparant l’UE à un « goulag ». Admiratif du Brexit, il avait notamment salué « le courage de ces citoyen britanniques libres » avant d’inciter ses compatriotes à suivre leur exemple.

S’il apparaît généralement comme plus modéré, la position soi-disant « pro-européenne » du M5S laisse à désirer. L’Europe était en effet la grande absente des 20 points de son programme pour les législatives, et, malgré le discours « rassurant » de son chef Luigi Di Maio, il est difficile d’oublier que le M5S siégea pendant plusieurs années aux côtés du pro-Brexit UKIP au Parlement européen, avant de rompre avec lui en 2017.

La coalition semble cependant avoir opté pour une forme de normalisation à l’approche de son accession officielle au pouvoir. Ainsi, plusieurs propositions anti-européennes chocs précédemment envisagées par les deux partis ne figurent pas dans le programme commun remis au Président Matarella. C’est le cas, notamment, d’un référendum sur le maintien de l’Italie au sein de la zone euro, ou bien d’une annulation de la part de la dette nationale détenue par la BCE, qui représente un montant de 250 milliards d’euros.

Mais, malgré ces concessions stratégiques, le programme de la coalition n’en demeure pas moins incompatible avec les règles européennes. Les 30 points qui le composent font entrevoir une hausse de dépenses publiques record chiffrée entre 100 et 170 milliards, alors que l’Italie affiche déjà une lourde dette équivalente à 132% de son PIB. Un tournant en faveur d’une politique de relance risquée qui va rendre l’objectif des 3% de déficit annuel extrêmement difficile à réaliser.

Mais au-delà du respect du Pacte de stabilité et de croissance, c’est la question de l’équilibre de la zone euro toute entière qui se pose. Quatrième économie de l’UE, l’Italie n’est pas la Grèce, et la faillite de son économie présente un risque systémique important.

À cela s’ajoute des mesures drastiques visant à lutter contre l’immigration clandestine, qui risquent de se heurter aux droits fondamentaux européens. Émanant tout doit de la Ligue, parti d’extrême droite assumant clairement ses liens avec le Front national, elles incluent notamment la création d’un centre de détention de migrants dans chaque région, ainsi que l’accélération des procédures d’expulsion.

Enfin, demandant l’abandon des sanctions pratiquées contre la Russie, le programme de la coalition affiche une position pro-Russe à l’opposé de celle défendue jusque-là par l’Union Européenne.

S’ils ont renoncé à leur objectif initial de sortie de l’UE, les deux partis s’apprêtant à gouverner l’Italie prônent des politiques peu en phase avec son ADN, aussi bien sur le plan économique que politique. Cette coalition marque un nouveau progrès de l’euroscepticisme, et augmente les obstacles dressés à l’encontre du projet de transformation européenne d’Emmanuel Macron.

Face à cette situation peu encourageante, gardons à l’esprit que ce gouvernement ne pourrait être qu’éphémère. S’ils ont signé un accord commun, la ligue et le M5S n’ont pas pour autant résolu leurs contradictions.

En témoignent notamment le peu d’importance que donne leur contrat aux dispositions pro-environnement, pourtant un pilier phare de l’idéologie du M5S, ainsi que des imprécisions majeures relatives au financement de mesures dont l’importance varie d’un parti à l’autre.

S’il est encore tôt pour envisager un tel scénario, on ne peut pas non plus exclure la possibilité que cet accord mal ficelé débouche à terme une dissolution du gouvernement, suivie de nouvelles élections.

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