Le 22 septembre, j’ai pris la parole pour la dernière fois dans l’hémicycle. À l’occasion de la séance de questions d’actualité au Gouvernement, j’ai interrogé la ministre des armées, Florence Parly, sur la rupture, par l’Australie, du contrat portant sur la livraison de douze sous-marins à propulsion conventionnelle par Naval Group.

Vous trouverez, ci-dessous, le compte rendu de mon intervention et de la réponse de la ministre.

M. le président. La parole est à M. Richard Yung, pour le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées des groupes RDSE et UC.)

M. Richard Yung. Madame la ministre des armées, ma question porte sur l’annulation du contrat de sous-marins par l’Australie.

Je pense que la France a eu raison de montrer sa colère et de rappeler ses ambassadeurs. Il y a la manière brutale et la dissimulation, et il y a le montant – 52 milliards d’euros, ce n’est pas rien !

Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans l’attitude des États-Unis, qui ont contraint l’Australie, comme ils avaient obligé les Suisses à acheter leurs chasseurs F-35 plutôt que le Rafale. Biden, que nous avions porté aux nues, fait au fond ce que fait tout président des États-Unis. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les États-Unis montrent le peu de cas qu’ils font de leurs alliés, ou prétendus tels : rappelez-vous Obama et la Syrie en 2013…

En l’occurrence, on peut se demander si les États-Unis ne se sont pas tirés une balle dans le pied. Ils perdent la confiance des grands pays européens, qui nous ont manifesté leur soutien hier à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, et ils gagnent peu de choses : un associé mineur, le Royaume-Uni, et un comparse, l’Australie, qui en fait n’aura pas ses sous-marins avant 2040…

Pourtant, nous aurions pu participer à une stratégie globale pour la région, mais y a-t-il encore une alliance devant tant de duplicité ?

Madame la ministre, mes questions sont les suivantes.

Quelle stratégie alternative peut-il y avoir pour la France, qui cherche à construire une alliance régionale dans la zone indo-pacifique ?

Nous sommes par ailleurs nombreux à penser que c’est l’occasion de renforcer la politique européenne de défense. Savez-vous ce qu’en pensent les responsables allemands ? En avez-vous parlé avec eux ?

Enfin, notre coopération militaire avec la Grande-Bretagne – je pense aux accords de Lancaster House – peut-elle survivre à ce Trafalgar ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI, ainsi que sur des travées des groupes RDSE et UC. – M. Jean-Pierre Sueur applaudit également.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre des armées.

Mme Florence Parly, ministre des armées. Monsieur le sénateur, permettez-moi tout d’abord de saluer votre engagement sans faille, au cours de ces dix-sept dernières années, sur les questions internationales, européennes et de défense. (Mme Patricia Schillinger applaudit.)

Vous le savez, la France est un pays de la zone indo-pacifique : nous avons des territoires dans ces deux océans, plus de deux millions de nos concitoyens y vivent, des militaires français y sont déployés en permanence et 93 % de notre zone économique exclusive appartient à cette région. Nous y avons donc évidemment des intérêts.

L’annulation de ce contrat n’invalide pas notre stratégie. Ce que nous proposons aux acteurs de la région indo-pacifique, c’est une sorte d’alternative au modèle chinois et notre objectif est clair : refuser d’être l’otage de la rivalité entre la Chine et les États-Unis. Notre stratégie intègre les dimensions environnementale, sécuritaire et commerciale, ainsi que la question de la liberté de navigation – je rappelle que 60 % de la richesse mondiale transite par cet espace maritime.

Nous ne sommes pas seuls, monsieur le sénateur, dans la zone indo-pacifique. Nous y avons des partenaires importants : l’Inde, le Japon, la Malaisie ou encore l’Indonésie.

En outre, pour la première fois de son histoire, l’Union européenne s’est emparée de cette question, en se dotant d’une stratégie indo-pacifique écrite à vingt-sept – j’y insiste, c’est une première ! Cette stratégie trouvera un écho dans la « Boussole stratégique », ce premier livre blanc de la défense européenne qui sera l’une des priorités de la présidence française de l’Union européenne, qui commencera dans quelques mois.

Ainsi, monsieur le sénateur, nous affirmons la nécessité pour l’Europe non seulement de protéger son espace propre, mais aussi d’être capable de se projeter au-delà de ses frontières chaque fois et partout où ses intérêts sont en jeu. Je pense que c’est une bonne nouvelle pour les Français et pour les Européens. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – M. Pierre Louault applaudit également.)