La France a des liens anciens et étroits avec la Pologne : souvenir de l’histoire napoléonienne, de Chopin, du gouvernement polonais exilé en France puis continuant la guerre à Londres, les malheurs qui ont frappé ce pays, dévasté, dépecé, anéanti par les génocides. Mais aussi ce pays qui se libère seul, grâce à Solidarnosc, du système communiste et de l’occupation russe. C’est avec une grande joie que nous les avons accueillis dans l’Union européenne en 2004. Nos frères et nos sœurs rejoignaient « la maison commune ».

Et puis, voilà presque 20 ans après, l’idéologie nationaliste, la prévalence d’une église catholique rétrograde, la faiblesse des partis et des organisations démocratiques utilisent différents prétextes (défense de la souveraineté, intervention illégale de l’Union dans le droit et la justice polonais, législation LGBT, et même la protection des dernières forêts primaires) pour remettre en cause la participation à l’Union. Le Tribunal constitutionnel déclare (mais n’écrit pas) que la loi polonaise doit rester supérieure à la « loi » européenne (directive, règlement, arrêté, ...) et que « certains » articles du Traité de l’Union sont « incompatibles » avec le droit national polonais. Un peu tard pour s’en apercevoir et avoir ratifié le Traité. À noter que ce Tribunal n’est qu’une instance politique dont les juges sont nommés par la majorité présidentielle.

Autrement dit, chaque pays de l’Union peut décider que telle ou telle norme européenne ne lui convient pas et la déclare contraire à sa législation nationale. On retrouve là les thèses défendues par Marine Le Pen ayant perdu sa boussole et l’horrible Zemmour. Tout le monde comprend que c’est le détricotage de toutes les politiques communes ou partagées et la fin de l’Union. Le ver dans le fruit aura tout mangé.

Nous devons réagir avec vigueur face à cette attaque frontale et utiliser tous les outils politiques, juridiques, économiques, ... qui sont à notre disposition pour contraindre la Pologne à renier ces/ses positions si dangereuses. Quitte à lui faire quitter l’Union.

C’est douloureux et injuste pour le peuple polonais qui en souffrira fortement (voir la crise et la pagaille en Grande Bretagne) mais les pays qui ont construit l’Europe telle quelle est aujourd’hui ne doivent pas laisser faire. L’Union sera plus forte sans ces pays qui veulent tous les avantages mais prétendent conserver une soi-disant souveraineté nationale.

Être membre, c’est évidemment accepter certaines limitations à sa souveraineté nationale mais aussi gagner le droit d’être une grande puissance mondiale.